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Mes contes de fées

Le rouge-gorge et le coucou

Publié le 9 Avril 2013 par BengiBerte in pervers narcissique, relations abusives, oiseaux, animaux, amitié

Il était une fois, dans un lointain pays, une petite ville tranquille où des centaines d’habitants vivaient heureux. Aux abords de cette ville, il y avait une maisonnette entourée d’un très grand et très beau jardin. Les oiseaux des alentours se rendaient souvent dans ce jardin car les occupants de cette maison, très prévenants, leur laissaient des miettes et des graines. Mon histoire commence en automne, quand le froid commence à se faire sentir et que les oiseaux ont plus souvent faim.

Parmi les oiseaux qui venaient souvent dans ce jardin, il y avait des moineaux, des merles, des mésanges, des rouges-gorges, parfois même des pigeons, des pies, des piverts ou des troglodytes. Un jour, un oiseau brun-gris se présenta dans le jardin et regarda timidement les autres. Un rouge-gorge s’approcha de lui.

- Viens manger ! s’écria-t-il. Ne sois pas timide, il y en a assez pour tout le monde !

- Merci ! répondit l’autre. C’est vraiment gentil à toi de m’accueillir ainsi ! Tu as l’air si gentil et si beau avec ton cou tout rouge !

Le rouge-gorge baissa la tête, tout ému. C’était la première fois que quelqu’un lui disait qu’il était beau ! Il décida immédiatement que l’oiseau brun-gris serait son ami.

- Merci ! s’écria-t-il. Toi aussi, tu es très beau. Quel genre d’oiseau es-tu, dis-moi ?

- Je crois que je suis un coucou, répondit l’oiseau.

Un coucou ! La plupart des oiseaux n’aiment pas les coucous. Ces paresseux ne font jamais de nids : ils se contentent de pondre leurs œufs dans le nid d’autres oiseaux après avoir jeté les œufs qui s’y trouvent déjà. Le rouge-gorge eut un mouvement de recul.

- Un coucou ! répéta-t-il. Mais dis-moi, tu n’as jamais jeté les œufs des autres, si ?

- Non, je suis né cette année.

- Ah, ouf ! soupira le rouge-gorge. Tu n’as pas idée ! Les oiseaux sont dans tous leurs états quand quelqu’un jette leurs œufs !

Alors, le petit coucou se mit à pleurer. Le rouge-gorge s’en étonna.

- Qu’y a-t-il, mon ami ?

- Il y a que j’ai eu une enfance difficile, figure-toi ! s’écria l’autre. Je n’ai jamais connu mes vrais parents et tout le monde me crie « oh, le vilain coucou ! » Comment oses-tu me rappeler cela ? Je n’ai pas choisi d’avoir été pondu par un coucou !

- Oh, s’écria le rouge-gorge. Je suis désolé ! Arrête-toi de pleurer ! Je veux être ton ami.

Alors le coucou sécha ses larmes. Le rouge-gorge lui fit visiter le jardin. Il lui montra les arbres moussus, les fleurs et le petit coin de pelouse où les habitants de la maison jetaient souvent des graines pendant la saison froide. Tous les matins, le coucou et le rouge-gorge se retrouvaient et bavardaient ensemble.

Il se trouvait que le petit rouge-gorge avait une sœur, qu’il aimait beaucoup. L’après-midi, le rouge-gorge et sa sœur se retrouvaient souvent sur les hautes branches pour chanter et s’amuser. Le coucou n’aimait pas ça du tout.

- Ta sœur chante très mal, dit-il un matin au rouge-gorge.

- Je trouve au contraire qu’elle chante très joliment, protesta le petit oiseau.

- Et pourquoi vas-tu t’amuser avec elle au lieu de t’amuser avec moi ? ça me rend malheureux !

- Mais j’aime beaucoup ma sœur ! s’écria le rouge-gorge. C’est ma meilleure amie !

Alors le coucou se remit à pleurer.

- Comment peux-tu me dire ça ? hurla-t-il. Moi, je n’ai jamais eu d’ami avant toi ! Je n’ai même pas de sœur ! Je n’ai personne à part toi et tout le monde est méchant avec moi ! Comment peux-tu passer plus de temps avec elle qu’avec moi ?

La mort dans l’âme, le rouge-gorge se résolut à ne plus voir sa sœur que tard le soir. Tout le reste de son temps, il le passait avec le coucou. Cependant, il se sentait très triste. Un soir, il voulut parler de sa tristesse au coucou.

- Dans cinq jours, ce sera l’anniversaire de ma sœur, annonça-t-il.

- Tu veux écouter mon nouveau chant ? demanda le coucou.

- Oui, mais laisse-moi finir, s’il te plait. J’aimerais lui faire un joli cadeau. Elle adore les fleurs blanches.

- Quand je chante, on m’entend à cent mètres à la ronde ! annonça le coucou.

- Oui, je t’écouterai tout à l’heure. Tu sais, elle aime beaucoup le lilas mais vu la saison…

Le rouge-gorge ne finit pas sa phrase car le coucou s’était lancé dans des cris tonitruants. Effaré, le rouge-gorge alla se cacher dans l’arbre le plus proche. Il revint quand le coucou lui sembla calmé.

- Tu m’as entendu ? lança le coucou.

- Oui, j’ai entendu, balbutia le rouge-gorge. C’était très… particulier.

- Oh non ! s’écria le coucou. Je suis le meilleur chanteur de la forêt !

Le rouge-gorge soupira. Ce voyant, le coucou se renfrogna.

- Tu ne penses pas que je suis le meilleur chanteur de la forêt ? lui demanda-t-il.

Le rouge-gorge ne le pensait pas du tout. Il estimait que le rossignol chantait bien mieux que n’importe quel oiseau mais il n’avait pas envie de vexer son ami. Comment lui dire la vérité sans le blesser ?

-Eh bien, tu vois, énonça-t-il lentement, tu le seras peut-être dans quelques années, quand tu auras beaucoup travaillé. Tu entends le rossignol, comme il chante bien ? C’est parce qu’il s’exerce tous les jours.

- Oh, je vois ! s’écria le coucou. Tu es jaloux !

-Pardon ?

- Tu es jaloux parce que je chante mieux que toi ! Tout le monde me déteste par jalousie, parce que c’est moi le meilleur chanteur !

- Non, répondit le rouge-gorge. C’est le rossignol, le meilleur chanteur ! Quand il fait ses trilles, tout le monde s’arrête pour l’écouter.

- Si tu étais mon ami, tu penserais que c’est moi, le meilleur chanteur, pas vrai ?

- On ne peut pas dire que le rossignol chante mal, balbutia le rouge-gorge, perdu.

- Oh, le rossignol ! s’écria le coucou. Il est tellement prétentieux ! Et les moineaux, je les déteste, aussi ! Toujours à rester bêtement en groupe, collés les uns aux autres ! Ils ne savent pas ce que c’est la vraie vie, et ils ne savent pas chanter !

Sur ce, le coucou s’envola et se percha sur une branche, près d’une mésange bleue, et claironna :

- Le rossignol chante mal ! Je chante beaucoup mieux ! Les moineaux sont de petits idiots qui ne savent rien de rien ! Coucou ! Coucou ! Coucou !

Le coucou alla répéter le même message à tous les oiseaux qu’il voyait. Attristé, le rouge-gorge alla à son tour se percher près de la mésange bleue.

- Je suis désolé, dit-il. Je sais qu’il peut avoir l’air énervant, qu’il se dispute avec tout le monde, mais je crois qu’il ne le fait pas exprès. Il a eu une enfance difficile, tu comprends ?

- Non, je ne comprends pas, répondit-elle. On a tous eu une vie difficile, tu sais. On doit tous faire attention au chat du quartier pour éviter qu’il nous dévore. Ton coucou n’arrête pas de traiter de haut les moineaux alors qu’il n’a jamais pris le temps de parler avec l’un d’eux et qu’il n’y a pas plus inoffensif qu’un petit moineau ! Je n’ai rien contre toi mais je ne serai jamais l’amie de ce coucou.

Le rouge-gorge hocha la tête, pensif, et prit des nouvelles de la mésange qui, à son tour, prit de ses nouvelles à lui. Ensuite, il repartit dans la forêt et essaya de penser à autre chose. Il n’avait pas encore trouvé de cadeau d’anniversaire pour sa sœur adorée. Peut-être qu’en allant au bord de l’étang, à quelques maisons de là, il trouverait encore quelques jolies fleurs.

Le rouge gorge se rendit donc au bord de l’étang. Il chercha encore et encore et perdit la notion du temps. Le soir tomba et il alla se percher sur une branche pour y passer la nuit. Le lendemain, il trouva quelques fleurs encore fraiches, les arrangea en un joli bouquet et prit le chemin du retour.

Il décida de passer d’abord par le jardin où sa sœur prenait souvent son petit-déjeuner. En arrivant, il eut la surprise de voir une mésange à longue queue venir vers lui.

- Bonjour, lui dit-elle. Je suis vraiment désolée.

- Désolée ? demanda-t-il. Mais pourquoi ?

La mésange avait vraiment l’air très triste. Elle regarda au sol, soupira et avança :

- Je ne sais pas comment te le dire…

- Dis-le ! demanda le rouge-gorge, inquiet. Qu’y a-t-il ? Quelqu’un s’est-il fait manger par le chat ?

- Oui ! avoua la mésange. Ta sœur se promenait dans le jardin. Elle n’a pas entendu le chat qui s’approchait d’elle. Je suis vraiment, vraiment désolée.

Le rouge-gorge regarda ailleurs, tout triste. L’idée que sa sœur ne jouerait plus dans ce jardin lui faisait vraiment beaucoup de chagrin. La mésange à longue queue le prit dans ses bras et il se mit à sangloter longuement, dans ce jardin vert, en dessous des branches des arbres.

Ensuite, le rouge-gorge alla déposer les quelques fleurs en bas d’un pommier, dans un endroit que sa sœur aimait beaucoup. Il voulait lui faire au moins ce petit cadeau, même si elle n’était plus là. Quelques oiseaux dont la mésange à longue queue, l’avaient accompagné, par prudence, pour le prévenir si jamais le chat revenait. Le rouge-gorge se sentait tous songeur.

C’est alors que le coucou se posa brutalement derrière lui et fit résonner son chant tonitruant. Les autres oiseaux sursautèrent et le rouge-gorge se retourna, furieux.

- Qu’y a-t-il ? s’écria le rouge-gorge.

- Ho ! hurla le coucou. Me voilà !

Le rouge-gorge se sentit désemparé. Comment expliquer à cet idiot qu’il n’avait pas du tout envie de lui parler ? Il n’osa rien dire mais un petit moineau s’avança, tout hésitant.

- Tu sais, dit le moineau, je crois que tu ferais mieux de ne pas parler tout de suite au rouge-gorge. Il a beaucoup de chagrin : un chat a mangé sa sœur.

- Oh, d’accord ! lança le coucou.

Cependant, il ne s’en alla pas. Au contraire, il s’approcha du rouge-gorge et se mit à lui parler à mi-voix.

- Tu n’imagines même pas ce que je viens d’entendre ! dit-il. Cet idiot de moineau a essayé de me donner des ordres. Moi, je n’obéis à personne !

- Coucou, ce n’est pas bien de dire du mal des moineaux ! protesta le rouge-gorge.

- Je dirai du mal d’eux si je veux ! Ces idiots sont vraiment prétentieux et jaloux parce que je vaux mieux qu’eux !

- Coucou, lança le rouge-gorge, les oiseaux sont mes amis ! Je veux que tu me laisse tranquille, maintenant. J’ai besoin d’être seul pour penser à ma sœur !

- Oh, ta sœur ! s’écria le coucou. Tu te consoleras vite. Moi, j’ai été bien plus malheureux que toi : je n’ai pas connu mes parents ! Tous les coucous méritent des privilèges parce qu’ils n’ont pas connu leurs parents ! Et moi, je suis le meilleur chanteur de tous les coucous et je…

C’est alors qu’un troglodyte se posa devant le coucou. Les troglodytes sont de tous petits oiseaux, plus petits que les moineaux, plus petits même que les rouges-gorges et les mésanges. On les voit à peine car ils sont de la même couleur que la terre. Cependant, ils sont vifs, pleins d’énergie et n’ont pas peur de grand-chose. Quand ils chantent, leur chant joyeux s’entend de très loin.

Donc, ce troglodyte se posa devant le coucou et lui piqua l’aile de son bec.

- Hé ! s’écria le coucou. Qu’est-ce qui te prend de m’attaquer comme ça ?

- Je ne t’attaque pas, répondit le troglodyte. S’il faut te donner un petit coup sur l’aile pour avoir ton attention, je le fais. Il le faut bien puisque tu n’écoutes personne !

- Quoi ?

- Je te dis que tu n’es pas le seul à avoir des problèmes, coucou ! piailla le petit oiseau, furieux. Ce rouge-gorge a du chagrin et si tu étais son ami, tu aurais du chagrin pour lui ! L’amitié, ça marche dans les deux sens : il faut écouter ses amis pour qu’eux vous écoutent. Oui, je sais ce que tu vas me dire, tu n’as pas connu tes parents, blablabla… Les feras-tu revenir en disant du mal des moineaux ? Les feras-tu revenir en te vantant d’être un bon chanteur ? Non ! Intéresse-toi aux autres et sois modeste, ou alors, vas-t-en !

Le rouge-gorge réalisa alors que des dizaines d’oiseaux se tenaient au bord du jardin. Tous semblaient parfaitement d’accord avec ce que le troglodyte venait de dire. Le coucou, lui, avait soudain l’air désemparé.

- Vous êtes tous jaloux parce que je vaux mieux que vous ! lança-t-il avant de s’envoler. Vous êtes nuls, vous êtes nuls, vous êtes nuls !

Le rouge-gorge le regarda partir, stupéfait et soulagé de le voir enfin s’en aller. Ensuite, il regarda le troglodyte. Celui-ci lui sourit.

- Ce coucou est irrécupérable ! s’écria le tout petit oiseau. Enfin, n’y pensons plus. Dis-moi, rouge-gorge, veux-tu bien être mon ami ?

Le rouge-gorge accepta avec joie. Lui et le troglodyte devinrent les meilleurs amis du monde. Quant au vilain coucou, il partit très loin et on ne le revit plus jamais.

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