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Mes contes de fées

La princesse et la servante

Publié le 5 Mars 2013 par BengiBerte in un de mes contes, homosexualité, princesses, amour

Il était une fois une princesse qui vivait dans un lointain royaume. Cette princesse avait pour meilleure amie la jeune servante qui s’occupait de sa chambre et lui tenait compagnie. Les deux jeunes filles s’entendaient à merveille. La princesse aimait lire, jouer du clavecin et regarder les étoiles, et la servante préférait danser, chanter et jouer avec l’épagneul de la princesse. Toutes deux s’aimaient tellement qu’elles souhaitaient ne jamais être séparées.

Un jour, le roi convoqua sa fille et lui annonça qu’il avait une grande nouvelle à lui annoncer :

-Ma fille, dit-il, tu es notre aînée et tu auras bientôt l’âge de prendre époux. Dans trois ans, il faudra que tu sois mariée et que tu nous aies donné un héritier qui régnera à son tour quand il en aura l’âge. Nous allons te présenter les plus nobles princes de tous les royaumes, et si tu t’entends bien avec l’un d’eux, vous vous marierez.

La princesse n’avait, à vrai dire, aucune envie de se marier, mais elle ne souhaitait pas contrarier ses parents, qu’elle aimait beaucoup. On la présenta ainsi aux princes des royaumes voisins. Certains se montrait gentils et agréables, d’autres lui semblaient repoussants, mais elle n’avait envie d’épouser aucun d’entre eux. Et tous les soirs, elle revenait dans sa chambre et racontait ses rencontres à sa servante, qui les commentait joyeusement en peignant ses beaux cheveux. Et elle se disait : « comme je suis bien, ici, à m’amuser avec ma meilleure amie, et comme c’est plus agréable que d’avoir à se marier. »

Un jour, on présenta à la princesse un prince du royaume du nord qui ne ressemblait pas du tout aux autres princes qu’elle connaissait déjà. Sérieux et distingué, il raconta entre autres à la princesse qu’il aimait lire et étudiait la philosophie et l’astronomie, et la princesse, qui aimait tant regarder les étoiles, l’écouta attentivement parler de ce qu’il avait découvert en contemplant le ciel. Ce soir-là, en rentrant dans sa chambre, la princesse parla de lui à son amie.

-Il est tellement intelligent, dit-elle à la servante. J’aimerais le revoir pour qu’il me parle encore des étoiles.

La demoiselle se réjouit que la princesse ait trouvé un nouvel ami. Les deux amies bavardèrent longtemps, puis la princesse alla s’asseoir à son clavecin et toutes deux jouèrent et chantèrent joyeusement jusque tard dans la nuit.

Le lendemain, le roi et la reine convoquèrent la princesse.

-Nous avons vu que tu apprécies le prince du nord, lui annoncèrent-ils. Puisque vous vous aimez tant, votre mariage aura lieu dans un an.

-Oh non ! protesta la princesse, horrifiée. J’admire beaucoup le prince du nord, mais je ne suis pas amoureuse de lui. Je vous en prie, ne me forcez pas à l’épouser.

-Pourtant, vous avez passé beaucoup de temps ensemble, fit remarquer la reine. A mon avis, il est l’époux qu’il te faut. Une princesse doit se marier, ma fille, tu ne peux pas passer toute ta vie avec ta servante.

-Ne dis pas de mal de ma servante ! s’écria la princesse. Elle est adorable ! Je préfèrerais de beaucoup épouser ma servante qu’épouser le prince !

Le roi et la reine se regardèrent, médusés, et la princesse prit peur. En effet, elle vivait dans un royaume où les princesses n’ont le droit d’épouser que des princes, à la rigueur des ducs ou des marquis s’ils ne sont point trop laids. Ses parents la regardaient avec des yeux ronds et elle ne savait pas quoi dire pour ne pas les fâcher davantage. Elle regagna sa chambre en coup de vent, s’écroula sur son lit et éclata en sanglots. Elle pleura encore et encore jusqu’à ce que sa servante vienne la rejoindre.

-Qu’y a-t-il, ma princesse ? s’enquit-elle, attristée par ses larmes. Pourquoi ce gros chagrin ?

-Il y a que mes parents veulent que j’épouse le prince du nord, répondit tristement la princesse. Mais je ne le veux pas. Je ne veux épouser aucun prince ! C’est avec toi que je préfèrerais passer ma vie.

La servante hocha la tête, regarda longtemps la princesse et des larmes de joie se mirent à rouler le long de ses joues.

-Moi non plus, je ne veux épouser ni un valet, ni un meunier, ni même un roi, dit-elle en s’allongeant près de la princesse, la tête sur le même oreiller. C’est votre compagnie que je préfère, mais je n’osais pas vous le dire car je craignais que vous me rejetiez.

-Comment pourrais-je te rejeter ! s’écria la princesse. Toi, la personne la plus chère à mon cœur !

Elle la serra dans ses bras et les deux jeunes filles se réjouirent d’être là, l’une pour l’autre, et de s’aimer de la même façon. Mais leur bonheur ne dura pas. De colère, le roi envoya la servante travailler dans le royaume des forêts noires et annonça le mariage de la princesse avec le prince du nord. La princesse pleura et supplia ses parents de lui ramener sa si chère amie et de ne pas la marier, mais rien n’y fit.

Un soir, peu après que les préparatifs du mariage aient commencé, quelqu’un frappa à la porte de la chambre de la princesse. Celle-ci ouvrit et se trouva face au prince du nord.

-Bonsoir, noble damoiselle, lui dit-il en s’inclinant respectueusement. Puis-je m’entretenir avec vous ?

-Bonsoir, noble prince, répondit-elle en lui rendant son salut. Je souhaitais vous parler, justement.

La princesse alla s’installer avec le prince sur un divan de soie et lui raconta toute l’histoire, comment elle aimait sa servante et pourquoi elle ne voulait pas l’épouser, lui. Elle s’attendait à ce que le prince soit choqué. Cependant, il sourit et lui dit de ne pas s’inquiéter.

-Moi non plus, je ne veux pas vous épouser, déclara-t-il. Je pense que chacun devrait se marier selon son cœur et non selon les conventions. Si vous aimez tant votre servante, sans doute devriez-vous aller la rejoindre.

-Moi ! s’effraya la princesse. Mais une personne de mon rang n’a pas le droit de faire ce genre de choses…

-Noble damoiselle, voyons ! Si nous nous marions, cela fera trois personnes malheureuses : vous, moi et votre amie. Je vous en prie, allez la rejoindre, c’est la meilleure solution.

-Mais comment faire ? s’inquiéta la princesse. Mon père nous surveille, il ne voudra pas que je quitte le palais.

Alors, le prince lui enjoignit de faire son balluchon pour se préparer à un très long voyage. Le lendemain, il annonça à la cour qu’il emmenait la princesse faire une excursion dans les collines pour observer les étoiles et faire plus ample connaissance. Le roi et la reine s’en réjouirent, pensant qu’ils tomberaient amoureux pendant ce voyage. La princesse partit donc avec le prince, dans un carrosse conduit par un seul domestique. Le soir venu, ils arrivèrent dans le pavillon où le prince aimait observer les étoiles et au milieu de la nuit, comme le domestique dormait, la princesse fit ses adieux au prince, le remerciant pour l’aide qu’il lui avait apportée. Ils s’embrassèrent et elle partit, vêtue comme une paysanne, avec ses bijoux précieux au fond de son sac.

Le prince rentra au palais le lendemain et annonça que la princesse était sortie au milieu de la nuit. Il ajouta qu’elle lui avait dit, la veille, « oh, comme doit être doux et agréable d’être religieuse », et le roi et la reine ordonnèrent à leurs domestiques de rechercher la princesse dans un couvent, pensant qu’elle s’y cachait pour oublier sa servante. Le prince, qui aimait bien la princesse et souhaitait qu’elle retrouve le bonheur, se félicitait d’avoir trouvé un stratagème aussi habile.

Pendant ce temps, la princesse voyageait sur les routes pour aller retrouver sa chère et tendre. Elle vendit une de ses bagues pour avoir un peu d’argent de côté et se mit vite à travailler dans les auberges où elle dormait pour gagner de quoi manger, lavant la vaisselle, faisant les basses besognes. Elle s’émerveillait de se savoir libre et de ne pas avoir à se marier, mais en même temps, son ancienne servante lui manquait cruellement. Tous les soirs, elle pensait au rire de son amie, à sa joie de vivre, et cette pensée lui donnait le courage de repartir sur les routes le lendemain.

La servante aussi ne pouvait s’empêcher de penser à sa douce princesse. Elle cherchait des moyens de s’échapper, de retourner dans son ancien royaume pour retrouver celle qu’elle aimait, mais elle n’en trouvait aucun. Les autres domestiques se montraient cruels envers elle et se moquaient sans cesse. « Tu as eu tort de vouloir courtiser quelqu’un qui est de la royauté », lui répétaient-ils souvent. « Elle était beaucoup trop bien pour toi. »

La servante serrait les dents et s’efforçait de ne pas les écouter. Au bout d’un an, un vieux valet vint travailler dans le même palais qu’elle. Il remarqua l’air soucieux de la demoiselle et lui demanda ce qui n’allait pas.

-Ah, répondit la servante, c’est que j’aime quelqu’un que je n’ai pas vu depuis plus d’un an et dont je suis sans nouvelles. Je ne puis m’empêcher de m’inquiéter !

Le valet avait un fils du même âge que la servante. Il vit comme elle était mignonne et pensa qu’il serait bien agréable pour son fils de l’épouser. Comme il était sorcier, il décida de lui jeter un sort pour qu’elle oublie son ancien amour. Il l’invita à prendre un verre à l’auberge du village et versa une poudre magique dans son gobelet. La demoiselle but et oublia aussitôt son ancien amour, même si elle se sentait toujours un peu triste. Peu après, le fils du valet la demanda en mariage. Elle accepta, pensant que le fait d’être mariée la guérirait peut-être de sa tristesse.

Un soir, la princesse arriva au palais où se trouvait la servante et demanda à être engagée comme domestique. On la fit entrer dans le bâtiment des employés et elle remarqua que les gens s’affairaient à décorer la pièce.

-Qu’y a-t-il ? demanda-t-elle. Ferons-nous la fête, ce soir ?

-Oui, deux jeunes gens vont se marier, lui répondit-on. La fille était bien triste, ces derniers temps. Elle pleurait et répétait qu’elle ne voulait pas oublier son ancien amour. Mais c’est fini, maintenant. Allons, viens nous aider !

La princesse aida tout le monde à préparer la salle. Quand ce fut fait, elle remarqua un clavecin qu’on avait prêté aux domestiques pour l’occasion et s’assit devant le clavier. Elle pensa à l’époque à laquelle elle jouait du clavecin en écoutant son amie chanter. Comme elles avaient été heureuses à cette époque !

La servante entra et vit la princesse plaquer quelques accords sur le clavier. Elle ne la reconnut pas car elle la voyait de dos, mais la musique réveillait en elle des souvenirs qu’elle croyait oubliés.

-Tu joues bien, dit-elle en s’approchant. C’est une mélodie fort jolie, mais bien triste.

-Ah, c’est que je suis d’humeur triste, répondit la princesse. Cela fait plus d’un an que je recherche la femme que j’aime et je n’arrive pas à la retrouver.

-Tu l’aimes tant que ça ? s’enquit la servante.

-Ah, mon amour pour elle ne peut même pas s’exprimer par des mots. Tiens, à une époque, j’avais écrit un air de musique pour elle.

La princesse se mit à jouer la mélodie qu’elle avait composée. Alors, la servante se souvint de tout : de la princesse, de leurs jeux, de leurs bonheurs et de leurs tristesses, de la façon dont elles s’étaient toujours soutenues dans les joies et les peines. Elle se mit à fredonner les paroles de l’air que la princesse avait composé. Alors celle-ci se retourna lentement, elles se reconnurent et se sautèrent au cou en pleurant de joie. Elles se promirent de ne plus jamais se quitter. La main dans la main, elles quittèrent la salle, sous les regards étonnés des domestiques.

Peu après, la princesse et son ancienne servante allèrent s’installer dans une maison qu’elles achetèrent en vendant les bijoux de la princesse. Le fils du valet fut un peu triste, puis se consola en épousant quelqu’un d’autre. Il arriva par la suite bien des choses aux deux jeunes filles, mais elles s’aimèrent et furent heureuses ensemble toute leur vie.

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