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Mes contes de fées

La montagne qui pleure

Publié le 24 Février 2013 par BengiBerte in un de mes contes, écologie, animaux, amitié

Il était une fois un jeune berger qui vivait en haut d’une montagne. Tous les jours, ce berger menait paître ses chèvres dans les prés et les pâturages. Il trouvait un endroit où l’herbe était bien verte, puis s’asseyait sur une pierre et les regardait brouter en jouant de la flûte ou en regardant les nuages. Le soir, il descendait au village qui se trouvait un peu plus bas et menait ses chèvres à la laiterie pour qu’on les traie. Avec le lait de ses chèvres, on faisait des fromages que les gens des grandes villes achetaient, et cela suffisait à payer le loyer et la nourriture du jeune berger. Ce berger était très heureux car il aimait beaucoup conduire ses chèvres dans les prés verts de la montagne.

Un soir, comme il rentrait au village avec ses chèvres, le berger vit un homme habillé comme les gens de la ville qui venait à sa rencontre.

- Bonjour, monsieur le berger, lui dit-il en lui serrant la main. Vous avez là une bien belle montagne.

- La montagne ne m’appartient pas, protesta le berger. C’est plutôt moi qui appartient à la montagne.

- Elle a l’air tellement belle, continua l’homme de la ville, que j’aimerais en voir un peu plus. Permettez-vous que je vous accompagne dans les prés, demain ?

Le berger pensa que cela ne pouvait faire de mal à personne et consentit à servir de guide à l’homme de la ville. Le lendemain, tout en menant paître ses chèvres, il lui montra les sources, les cascades, les fleurs sauvages, les arbres centenaires et les points de vue d’où on pouvait voir la vallée toute entière. Le citadin s’extasia devant tout ce qu’il voyait et le berger ne put s’empêcher de se sentir un peu flatté. Le soir, l’homme de la ville donna une pièce d’or au berger et partit en se disant qu’il était ravi par ce qu’il avait vu. Le jeune homme pensa qu’il ne le reverrait jamais.

Cependant, un jour, le berger vit arriver un couple qui portait un panier de pique-nique.

- Nous voulons nous promener dans la jolie montagne, lui dirent-ils. Pourriez-vous nous conseiller un bel endroit ?

Le jeune homme acquiesça. Il n’avait aucune envie de servir de guide à ces gens car une de ses chèvres était un peu malade ce jour-là, c’est pourquoi il leur indiqua un pré près d’une cascade et partit de son côté pour être tranquille et s’occuper de ses chèvres.

- Je m’inquiète un peu, lui dit l’une d’entre elles tandis qu’ils s’éloignaient. On ne connaît pas ces gens. Et s’ils nous faisaient du mal ?

- Ils viennent juste pour pique-niquer et admirer le paysage, répondit le berger en haussant les épaules. Je ne crois pas qu’ils pourraient nous faire du mal.

Mais le soir, en passant près de la cascade pour dire au revoir aux citadins, le jeune homme vit que le site était complètement dévasté. Des emballages traînaient un peu partout, des mégots jonchaient les pierres et les fleurs sauvages si fragiles, qui mettaient si longtemps à pousser et à fleurir, étaient presque toutes cueillies. Effaré, le berger nettoya le pré aussi bien qu’il le put, puis descendit au village en toute hâte et demanda où se trouvaient les visiteurs. On lui répondit qu’ils étaient déjà redescendus vers la grande ville. Furieux, le berger se jura que cela ne se reproduirait plus.

Quelques jours après, d’autres citadins demandèrent encore à visiter les prés, accompagnés de leurs enfants. Cette fois-ci, le berger demanda à leur parler et leur expliqua comment il fallait se comporter dans les prés. Cela ne servit pas à grand-chose. Pendant plusieurs mois, des gens venaient le matin et le berger leur disait qu’ils ne devaient ni cueillir les fleurs, ni abîmer la montagne. Le soir, il trouvait les prés complètement dévastés. S’il prenait un des visiteurs sur le fait, celui-ci essayait de se justifier. « On ne savait pas que c’était mal », disait-il. « C’est juste un petit papier de bonbon, et la montagne est si grande. » « On est en vacances et les enfants ont envie de s’amuser. »

Tous les jours, le berger devait rassurer ses chèvres, qui avaient peur des touristes. Un matin, il décida d’aller parler au maire de son village pour lui demander d’intervenir. Le maire l’écouta puis haussa les épaules.

- Ces citadins dépensent beaucoup d’argent ici, et l’argent est le bienvenu, lança-t-il d’un ton dédaigneux. On ne va tout de même pas leur dire de partir sous prétexte qu’ils ont laissé deux ou trois saletés derrière eux !

- Mais il s’agit de bien plus que deux ou trois saletés ! protesta le berger. Tous les jours, ils arrachent des fleurs rares qui mettent des années à pousser…

- Eh bien, tu devrais être flatté qu’ils aiment autant tes fleurs, rétorqua le maire du village. Retourne t’occuper de tes chèvres, je vais parler à ces gens et ça va s’arranger.

Le berger retourna voir ses chèvres, complètement déboussolé, et leur raconta tout.

- Je n’aime pas ça du tout, lui dit l’aînée d’entre elles. Si tu veux mon avis, les touristes vont se calmer pendant un ou deux jours, puis recommencer de plus belle.

En effet, les touristes se calmèrent pendant un ou deux jours puis recommencèrent de plus belle. Un matin, comme il s’était levé tôt et marchait dans la montagne avec ses chèvres, le berger entendit un bruit très doux et dont la tristesse lui fendait le cœur. Il s’approchait et vit une source qu’il connaissait et qui d’ordinaire, coulait en faisant un bruit joyeux. Aujourd’hui, la source sanglotait. Et les chèvres se mirent à sangloter avec elle.

- La montagne pleure, annonça la doyenne des biquettes. Elle est malade. Si les gens continuent à la blesser, elle mourra.

Alarmé, le berger courut vers le village, frappa à toutes les portes et hurla que tout le monde devait se réveiller. Les gens sortirent de chez eux, certains bien réveillés, la plupart encore bien ensommeillés et quelques-uns en pyjamas. Ils suivirent le berger sur la place du village en se demandant ce qui se passait. Le jeune homme se mit debout sur une caisse et fit ce discours :

- Vous devez cesser de visiter la montagne puisque vous lui faites du mal ! cria-t-il. Vous abîmez l’herbe, les feuilles, les pierres, et maintenant elle pleure et elle a mal ! Il faut rentrer chez vous avant qu’elle ne meure !

Une femme s’avança et le toisa d’un air méprisant.

- Tu n’es qu’un égoïste, dit-elle. Pourquoi veux-tu être le seul à profiter de la beauté de la montagne ?

- Mais parce que vous l’abîmez en cueillant les fleurs rares et en jetant des papiers de bonbon un peu partout !

- Les fleurs repoussent ! cria un homme de la ville. Et la montagne est si grande, ce n’est pas un papier de bonbon qui peut lui faire du mal !

- J’entends la montagne qui pleure ! s’entêta le berger. Et mes chèvres aussi pleurent. Si vous continuez vos bêtises, une catastrophe va se produire !

- Mais tu ne connais rien aux catastrophes ! lança un autre citadin. Tu n’es qu’un pauvre berger stupide qui n’est peut-être jamais allé à l’école. Moi, je suis allé dans une grande école de la ville !

Le jeune homme lança un coup d’œil désespéré aux villageois, qui détournèrent le regard. Aucun d’eux ne prit sa défense : ils préféraient récupérer l’argent que leur donnaient les citadins plutôt que d’avoir une montagne propre et heureuse. Il baissa les yeux et vit une de ses chèvres qui s’était approchée de lui et appuyait sa tête contre sa jambe.

- Viens, lui dit-elle. Ce n’est pas la peine de discuter. Ils se croient intelligents mais ce sont eux qui sont stupides. Ils comprendront leurs erreurs quand il sera trop tard.

Le berger hocha la tête et partit avec sa chèvre, que personne à part lui n’avait écoutée car les citadins ne parlaient pas le langage des chèvres. Le soir, il prit la décision de partir avec son troupeau et de se trouver une montagne intacte, que personne n’avait encore souillée. Il dormit avec son troupeau et s’en alla au lever du soleil, accompagné de ses chèvres qui se sentaient toutes un peu triste de quitter l’endroit où elles avaient toujours vécu.

Quelques heures après son départ, les imbéciles de la ville retournèrent dans les prés avec leurs paniers de pique-nique et se remirent à salir et à abîmer tout ce qui les entourait. La montagne pleura encore plus fort. Ils recommencèrent le lendemain, la montagne pleura encore plus fort et les ruisseaux étaient devenus tellement gros qu’ils débordaient presque de leurs lits. Le troisième jour, la montagne pleura encore plus fort, le sol se mit à trembler, les ruisseaux débordèrent de leurs lits et inondèrent le village, et les maisonnettes s’écroulèrent toutes. Les villageois sortirent furieux, catastrophés, effrayés, en larmes, et quittèrent le village en hâte. Les larmes de la montagne avaient détrempé les billets de banque et tout l’argent était perdu. La montagne venait de noyer le village en pleurant trop fort.

Les oiseaux qui regardaient ce spectacle s’envolèrent et allèrent rejoindre le berger.

- Tu as bien fait de partir avec tes chèvres, lui dirent-ils avant de lui raconter ce qui venait de se passer.

Le jeune homme les écouta, songeur, les remercia et grimpa de plus en plus haut, jusqu’à pouvoir voir le village avec ses jumelles qu’il avait apporté. Il contempla longuement ce triste spectacle. Puis il s’assit sur une pierre et se prit la tête entre les mains. Il ne pourrait plus jamais retourner dans son ancien village. Qu’allait-il faire, maintenant ?

- Nous nous trouverons un autre endroit où nous pourrons vivre, lui dit une de ses chèvres. Nous irons habiter dans une autre montagne plus propre et si jamais quelqu’un vient nous voir, nous lui dirons ce qui est arrivé dans notre ancien village. S’il ne nous écoute pas, nous le chasserons. Il nous faut protéger notre habitat.

Le berger regarda ses chèvres, ses amies, qui comptaient autant pour lui que des enfants comptent pour leurs parents, et il acquiesça, la joie au cœur. Il se dit qu’il ferait toujours tout pour les protéger. Ensemble, ils finiraient bien par retrouver un peu de bonheur.

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