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Mes contes de fées

L'infirmière et le vampire

Publié le 1 Avril 2013 par BengiBerte in vampires, pervers narcissique, relations abusives, amour, mariage, un de mes contes

Il était une fois une jeune fille douce et gentille qui travaillait comme infirmière dans un hôpital de campagne. Les parents de la demoiselle, très pauvres, l’aimaient beaucoup, et elle les aimait tendrement en retour. Le seul souci de la jeune infirmière était de savoir ses parents si pauvres. Elle s’efforçait de les aider au mieux de son maigre salaire, mais ce n’était pas facile.

La jeune fille aimait beaucoup travailler à l’hôpital, même s’il s’agit là d’un métier difficile et bien fatigant. Elle était toujours aux petits soins avec les malades, jeunes et vieux, pauvres et riches, beaux et laids. Sa plus grande joie était de les voir recouvrer la santé. Parfois, elle se sentait un peu triste en voyant les autres infirmières s’en aller le soir ou le matin au bras de leur mari ou de leur fiancé. Elle les enviait car elle était encore célibataire, mais elle pensait sincèrement qu’un jour, elle rencontrerait un beau prince qui l’aimerait de tout son cœur.

Un jour, en rentrant chez elle, l’infirmière croisa un très bel homme. Sa peau était blanche et lisse comme le marbre le plus parfait, ses yeux scintillaient comme des joyaux et tout en lui dénotait une grâce et une distinction incroyable. La jeune fille en eut le souffle coupé, d’autant plus que l’homme s’approcha d’elle et s’inclina comme si elle avait été une princesse.

- Bonjour, jolie demoiselle, lui dit-il. Vous me semblez si mignonne et si charmante que j’en ai le cœur serré. Je ne peux pas continuer à vivre sans vous. Acceptez-vous ma demande en mariage ?

- Oh, oui, de tout cœur ! répondit la demoiselle, toute émue qu’un homme aussi beau et aussi agréable veuille l’épouser.

L’homme alla faire sa demande auprès des parents de la demoiselle, qui se montrèrent un peu réticents au départ car elle était très jeune, mais se laissèrent convaincre en constatant que leur futur gendre était riche et semblait très bien élevé. Les noces eurent lieu en grande pompe et la demoiselle alla s’installer dans le château de son mari.

Au tout début, elle fut très heureuse. Tout les matins, elle embrassait son mari, puis s’habillait et se rendait en hâte à l’hôpital pour s’occuper des malades. Le soir elle rentrait chez elle et allait saluer son époux, qui lui disait qu’il l’aimait plus que tout, qu’elle était la créature la plus mignonne et la plus gentille au monde, et toutes sortes de choses adorables. La seule chose qui étonnait la jeune infirmière était le fait qu’une porte du château restait toujours fermée à clef et que son mari lui interdisait formellement d’y entrer. Mais elle pensait sincèrement que cela ne pouvait être important, de toute façon, puisque son mari l’aimait.

Un matin, en voyant sa femme se lever, le bel homme l’arrêta :

- Cela me fend le cœur quand tu me laisses seul pour aller à l’hôpital, lui dit-il. Nous sommes riches, tu n’as pas besoin d’aller travailler.

- Mais j’adore ce travail ! protesta l’infirmière. Et tous ces malades ont besoin que je m’occupe d’eux.

- Il y a déjà assez d’infirmières comme ça et j’ai besoin de te savoir tout près de moi. Si tu continues à travailler, je serai très malheureux. Est-ce que tu veux ?

La jeune épouse ne voulait pas chagriner son mari, en effet. Elle se rendit à l’hôpital et annonça sa démission. Puis elle retourna au château où son époux l’embrassa et lui dit qu’elle était une petite chose adorable. L’idée que son cher époux se sentait aussi heureux grâce à elle la combla de joie. Cependant, elle se sentit triste pendant les jours qui suivaient, comme si quelque chose manquait à sa vie.

Quelques jours plus tard, elle se souvint qu’une vente d’artisanat au profit des pauvres de la commune aurait bientôt lieu et décida de broder une nappe pour aller l’y vendre, comme elle le faisait tous les ans. Son mari la vit broder et applaudit.

- Quelle bonne idée, mon épouse ! Cette nappe fera très bien sur notre table.

- Je compte la vendre lors de la vente de charité du village, expliqua la jeune mariée.

- Voyons, mon adorable épouse ! Comment pouvez-vous faire une aussi jolie nappe et ne pas me la donner ? M’aimez-vous ou non ? Et ne pensez-vous pas que les pauvres du village seront déjà assez gâtés cette année !

- Tous les ans, il y a de pauvres gens qui ont besoin de tout, protesta l’ancienne infirmière.

- Et moi qui vous ai épousée, vous ne pensez pas que j’ai besoin de vous ? Vous ne voyez pas que je vous aime ? Je vous fais manger dans des assiettes d’or et dormir dans des draps de soie, et en retour, vous allez vous occuper de ces gens qui ne font jamais rien pour vous ! Vous me brisez le cœur…

La mort dans l’âme, la jeune épouse décida de ne pas contrarier son mari. En versant une larme de temps en temps, elle finit de broder sa nappe, qui fut beaucoup moins belle que celles des années précédentes. Cela lui prit plusieurs semaines. Quand elle eut terminé, elle la plia, la rangea dans un coin et alla tristement se promener dans le château. Elle s’ennuyait sans personne à qui parler, et n’avait pas le cœur à lire ou à s’amuser.

C’était l’hiver et elle s’habilla chaudement pour aller marcher dans le jardin. Des mésanges cherchaient des graines dans la terre et les feuilles et la jeune épouse, émue par leur vivacité, décida d’aller prendre des miettes de pain dans la cuisine pour les leur donner. Sur le chemin du retour, elle se heurta à son mari qui l’arrêta.

- Où allez-vous donc comme cela ? s’enquit-il.

- Dans le jardin, pour donner du pain aux oiseaux.

- Voyons, pourquoi donner du pain à ces méchants oiseaux ! Ils n’ont qu’à se débrouiller tous seuls ! C’est moi que vous avez épousé, c’est à moi que vous devez vous consacrer entièrement ! Ne voyez-vous pas qu’en agissant autrement, vous me rendez malheureux, moi qui vous aime tant, mon adorable épouse ?

Et il la prit dans ses bras et l’entraîna dans leur chambre sans voir qu’elle était en larmes. Les jours passaient ainsi et l’ancienne infirmière se demandait pourquoi elle se sentait aussi perdue. Après tout, son mari l’aimait tellement !

Elle s’ennuyait de plus en plus, se sentait de plus en plus malheureuse, et un matin, elle constata qu’elle n’arrivait plus à bouger son pied droit. Inquiète, elle demanda à son époux s’il connaissait la cause de ce phénomène.

- Oh, lui répondit-il, pourquoi vous inquiéter pour votre pied ? Je vous aime tellement que je pourrais vous porter dans mes bras partout où j’irai !

- Vous êtes adorable, répondit l’ancienne infirmière, mais je préfèrerais de beaucoup marcher moi-même.

- Oh, comme vous êtes ingrate ! s’écria le châtelain. Je vous propose gentiment de vous porter dans mes bras et vous n’êtes pas satisfaite !

Et le châtelain quitta la chambre en claquant la porte. L’infirmière resta muette un moment, puis se mit à pleurer. Après quoi elle sécha ses larmes, s’habilla et décida de se rendre dans la bibliothèque de son époux. Qui sait, peut-être trouverait-elle un livre de médecine où il était question de pieds rigides.

Ce faisant, elle passa devant la porte interdite et crut entendre un bruit léger. Surprise, elle colla son oreille à la porte interdite et constata qu’elle ne s’était pas trompée. Quelqu’un sanglotait doucement dans la pièce où elle n’entrait jamais. Mais pourquoi ?

- Hep ? Il y a quelqu’un ? s’enquit-elle. Quelque chose ne va pas ?

- Sauvez-vous ! répondit quelqu’un d’une voix à peine audible. Qui que vous soyez, vous ne pouvez rien pour nous !

Les sanglots reprirent de plus belle. L’ancienne infirmière sentit la peur l’envahir mais son cœur lui disait qu’elle n’avait pas le droit d’abandonner ceux qui se trouvaient enfermés dans cette pièce. Elle revint sur ses pas en boitant, fouilla dans les affaires de son époux, trouva la clef de la pièce interdite et se dépêcha d’aller en ouvrir la porte.

Ce qu’elle vit la surprit beaucoup. Sur une table de bois s’alignaient sept jolies poupées aux grands yeux vides. Il n’y avait rien d’autre dans la pièce et la dame se demandait d’où venaient les sanglots et pourquoi son mari cachait ainsi des poupées dans cette pièce quand l’une d’elles se mit à parler.

- Sauve-toi, dit-elle.

- Pardon ? demanda l’ancienne infirmière, stupéfaite de voir une poupée parler.

- Sauve-toi vite ! Il est trop tard pour nous mais pas pour toi. Pars avant qu’il ne soit trop tard.

- Nous sommes les anciennes épouses du vampire du château, expliqua une autre poupée. Il nous a fait croire au bonheur, mais ce n’était qu’une illusion. Il nous a enfermées ici quand il n’a plus eu besoin de nous. Pars avant qu’il ne t’arrive la même chose !

- Il y a un vampire dans le château ? s’effraya la jeune épouse. Cela ne peut être mon époux, il sort souvent le jour.

- Tous les vampires ne boivent pas de sang, tous n’ont pas peur de la lumière du soleil, continua une troisième poupée. Celui-ci est un vampire de la pire espèce, un vampire du cœur. Il se nourrit d’énergie et de chaleur humaine. Quand il a faim, il épouse une jeune fille au cœur pur et dévore sa joie de vivre, sa générosité et sa gentillesse. Quand la jeune fille se sent complètement vide, il la transforme en poupée et l’enferme ici. C’est ce qui nous est arrivé. Tu dois t’enfuir au plus vite.

Une larme coula sur la joue de la quatrième poupée. L’ancienne infirmière secoua la tête, incrédule.

- Non, mon époux ne peut pas être un vampire, protesta-t-elle. Il m’aime, il me l’a dit !

- Il nous a dit la même chose, et vois ce qu’il nous a fait ! continua la cinquième poupée. Tu dois partir et dire à toutes les filles de ton village qu’elles doivent se méfier de lui.

La demoiselle se souvint alors de son pied paralysé et compris qu’elle-même était déjà en train d’être transformée en poupée. Elle eut soudain très peur. Comment une telle chose pouvait-elle se produire ?

- Y a-t-il un moyen de vous délivrer ? s’enquit-elle d’une voix qui tremblait un peu.

- Nous ne le savons pas. Peut-être faut-il priver le vampire de son pouvoir magique pour cela, supposa la sixième poupée.

- Et comment fait-on pour priver le vampire de son pouvoir magique ? demanda la dame.

- Tu penses bien que si nous le savions, nous ne serions pas là, acheva tristement la septième poupée.

La dame essuya une larme, bouleversée par ce qu’elle venait d’entendre. Elle promit aux anciennes épouses de tout faire pour les aider, se retourna et poussa un petit cri car son époux le vampire se tenait devant elle et la regardait, les sourcils froncés.

- Mon adorable épouse, je n’aurais jamais cru cela de vous ! gronda-t-il d’un ton doucereux qui révolta l’ancienne infirmière.

- C’est moi qui n’aurait jamais cru cela de vous ! s’écria-t-elle. Comment avez-vous pu faire une chose pareille à ces malheureuses ?

- Et vous, comment pouvez-vous agir de la sorte ? Me désobéir, entrer dans la pièce interdite ? Vous me brisez le cœur !

Les yeux du vampire brillaient comme des joyaux mais l’ancienne infirmière ne les trouvait plus beaux du tout. Elle réalisait qu’elle ne l’aimait plus, qu’elle n’avait aucune raison de l’aimer, et cette idée lui redonna de la force.

- Vous voulez me faire croire que vous avez un cœur ? se moqua-t-elle. Dans ce cas, pourquoi ne vous en êtes-vous jamais servi ? Vous êtes un monstre, mon époux, un être cruel, égoïste et sans cœur et vous ne méritez pas que qui que ce soit vous aime !

Le monstre porta la main à sa gorge comme si le souffle lui manquait. Tout à coup, il semblait plus vieux de plusieurs années. Il parvint à s’asseoir et haleta :

- Vous m’aimez, ma douce épouse. Vous le savez bien…

- Non. Je ne peux pas aimer quelqu’un qui n’aime que lui. Vous ne comptez plus du tout pour moi. Adieu, monstrueux vampire !

Le vampire s’écroula et se mit à hurler. Le sol se mit à trembler, un nuage de fumée apparut autour du monstre et quand le nuage se fut dissipé, il ne restait plus qu’un tas de poussière car le vampire était mort, privé de l’affection de son épouse. Le pied de celle-ci redevint souple et toutes les poupées reprirent forme humaine, s’émerveillant de se retrouver enfin délivrées de leur sortilège.

Les anciennes épouses rentrèrent chez elles pour rassurer leurs proches et leur annoncer que le vampire était mort. Par la suite, elles retournèrent dans le château et se partagèrent les biens, l’argent et la vaisselle en or. Avec tout l’argent qu’elle récupéra, la dernière épouse aurait pu passer le reste de sa vie sans avoir à travailler, mais elle décida cependant de redevenir infirmière pour soigner les malades qui avaient besoin d’elle. Après tout, aider les autres était ce qu’elle aimait le plus.

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Lyly 08/11/2015 02:26

Géniale l'histoire!!

BengiBerte 08/11/2015 08:38

Merci. Elle est un peu autobiographique, en fait. J'ai eu une relation avec une personne toxique mais c'est fini. Bon weekend.