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Mes contes de fées

Coeur de princesse, première partie

Publié le 16 Avril 2016 par BengiBerte in princesses, genre, transidentité, maltraitance, Leelah Alcorn, frères et soeurs, féminisme, rôles genrés, un de mes contes

Dessin de Leelah Alcorn
Dessin de Leelah Alcorn

Il était une fois un roi et une reine qui vivaient dans un lointain royaume. Ce roi et cette reine avaient plusieurs enfants. Un jour, alors qu’ils regardaient leurs enfants jouer dans le jardin, le roi s’écria :

- Comme ils sont beaux, nos quatre enfants ! Nos deux garçons forts et courageux et nos deux filles douces et gentilles !

- Oui, comme je les aime ! renchérit la reine.

Les enfants s’arrêtèrent de jouer, s’avancèrent vers eux et une petite voix s’éleva :

- S’il vous plait, mon père, ma mère, j’ai une annonce importante à vous faire.

- Eh bien, je t’écoute, mon petit Jean, répondit le père.

- Voilà, annonça l’enfant. J’en ai déjà parlé à mon frère et à mes sœurs, et ils sont d’accord. Je ne veux plus m’appeler Jean. Je veux que tout le monde m’appelle Flora.

- Comment ? s’écria la reine. C’est impossible ! Tu es un garçon !

- Non, répondit l’enfant. Je sais que je ressemble à un garçon mais j’ai le cœur d’une fille, le cœur d’une vraie princesse. Je veux m’appeler Flora et porter des robes.

- Moi, je veux bien lui donner mes anciennes robes, ajouta sa sœur.

- Moi, je préfère être un garçon mais ça ne me dérange pas d’avoir une troisième sœur, renchérit son frère.

- Moi non plus, ça ne me dérange pas, annonça son autre sœur. Mais dis-moi, Flora, tu es sûre de vouloir être une princesse ? Ce n’est pas drôle tous les jours : il faut porter ces énormes robes et sourire tout le temps, même quand on est triste.

- Je voudrai toujours être une fille parce que j’ai le cœur d’une fille, répondit Flora. Mais si tu veux, je peux te fabriquer d’autres vêtements, des vêtements que tu aimeras davantage. J’adore dessiner des robes !

- Les garçons ne dessinent pas de robes ! s’énerva le roi.

- Je suis une fille et j’adore dessiner des robes ! s’écria Flora.

La reine se mit alors à pleurer en disant que "son Jean" était un garçon, pas une fille. Et le roi se mit en colère et envoya la pauvre Flora toute seule, tout en haut d’une tour.

Flora resta enfermée pendant des semaines. Elle pleurait toute la journée. Elle n’avait pas le droit de parler avec ses frères et sœurs ou avec ses amis. Tous les soirs, son père passait la voir et lui disait : « Je te laisserai descendre et voir tes amis si tu acceptes que tu es un garçon. » Flora répondait toujours la même chose : « J’ai un cœur de fille et ça ne changera jamais. » Alors son père lui glissait son repas par une petite trappe et repartait, laissant Flora toute triste.

Le temps passa. Flora essaya bien de défoncer la porte et de sortir par la fenêtre mais il s’agissait d’une porte très solide et d’une fenêtre incroyablement haute. Flora se sentait seule et malheureuse. Et une nuit, alors qu’il faisait très noir, elle décida de sauter par la fenêtre.

- C’est vraiment très haut, dit-elle en se perchant sur le rebord. Si je saute, je vais sûrement mourir. Mais si je meurs, je vais sûrement devenir un ange. J’espère que les anges ont le droit de décider s’ils sont des filles ou des garçons.

C’est alors qu’une petite lumière apparut dans la nuit et s’approcha de la princesse Flora. Celle-ci retint son souffle. La petite créature qui brillait dans la nuit était à peine plus grande que sa main, avait des membres graciles et de jolis yeux roses. De quoi s’agissait-il donc ?

- Ne saute pas, je t’en prie ! dit-elle. Tu risques de te faire très mal !

- Mais j’ai déjà très mal ! répondit Flora, en larmes. Je suis enfermée ici et je n’ai personne à aimer et personne pour m’aimer.

- Alors suis-moi à l’intérieur ! répondit la petite créature. Nous allons parler. Je suis une fée-luciole.

Flora suivit la fée-luciole à l’intérieur et lui raconta tout. A la fin de son récit, elle pleurait à nouveau. La petite créature l’écouta et la consola.

- C’est bien simple, dit-elle. Il faut que tu partes d’ici. Au-delà de la forêt du cauchemar et au-delà du fleuve noir, il y a une magicienne qui exauce des vœux. Tu n’as qu’à aller lui demander ce que tu voudras.

- Mais mon père ne me laissera jamais quitter cette tour ! s’écria Flora.

- Alors il faut que tu partes quand même. Tu es une fille intelligente, tu as sûrement des idées.

Flora réfléchit longuement, puis se mit à sourire. Elle avait trouvé une idée. Elle raconta son idée à la fée-luciole, qui l’écouta avec enthousiasme.

- C’est très bien ! dit-elle. Essaie !

Flora décrocha alors un de ses rideaux blancs, attrapa un verre de jus de raisin et s’efforça d’écrire. Cela pris longtemps et au final, elle pouvait lire le texte suivant :

Je suis tellement malheureuse ici que je préfère mourir. J’ai avalé des cailloux tranchants et je sais que ça va me déchirer l’estomac et me tuer. Mes sœurs, mon frère, je vous aimerai toujours et je vous souhaite plein de bonheur. J’aimerais être enterrée dans le fond du jardin.

Adieu.

Princesse Flora

Ps : si vous avez des enfants et si il elle vous dit un jour qu’il elle n’est pas ce que vous croyez, dites-lui que c’est bien et que vous l’aimerez toujours. S’il vous plait.

Flora se sentait impatiente. Elle s’étendit sur son lit et quand le domestique qui lui apportait toujours son petit-déjeuner frappa à sa porte, elle ne répondit pas. Le domestique frappa encore et encore, et finit par entrer. Il trouva le drap étalé par terre, Flora étendue sur le lit, et il se sauva en hurlant.

Flora attendit patiemment. Quelques minutes plus tard, le domestique revint avec plusieurs personnes. Flora retint son souffle et resta immobile, de telle sorte que tout le monde la crut morte. Les domestiques enveloppèrent Flora dans un drap et la descendirent pour l’installer dans un cercueil qu’ils installèrent dans une petite chapelle.

Quand tout le monde fut sorti, Flora s’échappa et arrangea des pierres dans le cercueil afin de faire croire qu’elle s’y trouvait toujours. Ensuite, elle alla se cacher dans les caves du château, où elle resta toute la journée. Il y avait de la nourriture dans les caves et elle put se restaurer. Le soir venu, elle quitta la cave et entra dans la chambre d’une de ses sœurs en cachette. Celle-ci ouvrit des yeux ronds en la voyant :

- Oh mon dieu ! s’écria-t-elle. Jean, je te croyais mort !

Et elle la serra dans ses bras. Flora lui rendit son câlin.

- Je m’appelle Flora ! corrigea-t-elle gentiment.

- Tu es sûre ? s'enquit la sœur. Je croyais que c’était un caprice.

- Ce n’est pas du tout un caprice, expliqua Flora. J’ai vraiment le cœur d’une fille. Toi tu as de la chance : personne ne s’est jamais trompé sur ce que tu es.

- Mais Flora, balbutia la sœur, tout le monde croit que tu es morte. Il faut dire à tout le monde que tu es toujours là !

- Non ! protesta Flora. Nos parents m’ont enfermée parce qu’ils ne veulent pas que je sois une fille. Je ne veux pas rester avec eux. Je vais partir très loin mais j’espère qu’on se reverra un jour.

- Moi aussi ! s’écria la sœur. Nos parents ont vraiment été injustes avec toi. Ils n'avaient pas le droit de t'enfermer comme ils l'ont fait ! Quand j'aurai des enfants, je ne leur ferai jamais ça, je les aimerai toujours, quoi qu'ils soient !

- Ma soeur... murmura Flora, les larmes aux yeux.

- Et toi aussi, je t'aimerai toujours ! Attends, j’ai un cadeau pour toi !

La sœur fouilla dans son placard et en sortit deux de ses robes préférées, des chaussures confortables et un de ces voiles que les femmes de l’époque portaient parfois pour se protéger le visage du soleil.

- Personne ne doit te reconnaître, expliqua-t-elle. Tu vas me manquer.

Toute émue, Flora enfila l’une des robes et partit après avoir embrassé sa sœur une dernière fois. Elle passa par sa chambre, où elle prit tout l’argent qu’elle avait, après quoi elle quitta le château et marcha toute la soirée. Le soir tomba et elle s’installa au bord d’un champ pour y passer la nuit.

Comme les étoiles étaient belles ! Flora se sentait sereine et heureuse. Elle ne regrettait pas du tout le lit confortable de la grande tour. Elle préférait de beaucoup dormir par terre et être libre d’aller où elle le voulait.

Une petite lumière s’approcha d’elle. Flora reconnut la fée-luciole et la salua :

- Bonsoir ! s’écria-t-elle. Encore merci pour votre gentillesse et vos précieux conseils. Voulez-vous venir avec moi dans mon voyage ?

- Oh, non ! répondit la fée. Nous autres, fées-lucioles nous éloignons rarement de l’endroit où nous vivons. Ce fut un plaisir de te connaître !

Flora se roula en boule sur le sol et s’endormit.

A suivre...

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