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Mes contes de fées

Cendrillon, ma version

Publié le 31 Décembre 2015 par BengiBerte in humour, féminisme, fées, maltraitance

Cendrillon, ma version

Le conte de Cendrillon n'est pas vraiment une merveille de féminisme. Voici ma version perso.

Il était une fois un veuf qui vivait seul avec sa fille. Il se maria un jour avec une veuve qu'il croyait fort gentille et qui avait elle-même deux filles. Malheureusement, ce pauvre homme mourut un jour en tombant dans les escaliers.

Alors, son épouse se mit à maltraiter sa pauvre belle-fille. Elle n'alla plus à l'école et dût travailler comme une esclave : elle faisait la cuisine, le ménage, rangeait et repassait à longueur de journée. En plus de cela, ses sœurs l’insultaient et se moquaient d’elle. La pauvre fille dormait sur un sac de jute puant, elle n’avait jamais un jouet, ni une robe neuve, et elle se sentait très malheureuse. Quand elle avait fini de travailler, elle allait s'asseoir près de la cheminée pour se réchauffer et se retrouvait couverte de cendres. C'est pour cela que ses belles-sœurs, aussi méchantes que leur mère, la surnommaient Cendrillon.

Les années passèrent. La pauvre Cendrillon n'osait même pas sortir de la maison pour demander de l'aide car elle pensait que tout le monde se moquerait d'elle. Quand elle eut seize ans, le roi annonça que son fils devait absolument se marier au plus vite (ne me demandez pas pourquoi, je n'en sais rien du tout). Pour gagner du temps, il décida d'organiser une grande soirée où toutes les jeunes filles du royaume seraient invitées.

Les belles-sœurs sautèrent de joie, persuadées que le prince allait choisir l'une d'elles, l'épouser et la couvrir d'or. En prévision de cette soirée, Cendrillon dût passer des heures à repasser les robes de ses belles-sœurs, à cirer leurs chaussures, à les coiffer et à les maquiller. Les soeurs s'impatientaient et l'insultaient quand Cendrillon ne travaillait pas assez vite à leur goût. Enfin, elles partirent en claquant la porte.

Cendrillon s'assit par terre et se mit à pleurer. Elle se sentait fatiguée, triste et mal aimée. Elle pleura encore et encore jusqu'à ce qu'un bruit la fit sursauter. Quelqu'un frappait à la porte. Mais qui cela pouvait-il bien être ? Intriguée, Cendrillon essuya ses larmes et s'approcha.

- Qui est là ? demanda-t-elle.

- C'est moi, la fée des villes ! répondit une voix douce.

- La fée des villes ? répéta Cendrillon, incrédule.

- Oui ! Je suis la marraine de Sandrine et j'aimerais lui parler.

Soudain, Cendrillon se souvint. Quand elle était enfant, elle recevait parfois la visite d'une fée très gentille et très drôle. C'était l'époque à laquelle on l'appelait encore Sandrine au lieu d'utiliser ce surnom ridicule. Soudain joyeuse, Cendrillon s'écria :

- Ma fée !

Elle ouvrit la porte et se trouva face à une dame qui ouvrit des yeux catastrophés et tomba à genoux.

- Ma pauvre Sandrine, mais que t’est-il arrivé… murmura-t-elle.

La fée se souvenait d'une enfant joyeuse et bien soignée ; or, la jeune fille qui se tenait devant elle faisait peine à voir avec ses cheveux sales et ses vêtements en haillons. Elle la reconnaissait à peine.

- Ma pauvre Sandrine ! répéta-t-elle. Où est ton père, que je lui parle ?!!

Cendrillon éclata en sanglots. La marraine la prit dans ses bras et la berça tout doucement, et la jeune fille lui raconta tout : la mort de son père, les corvées, les insultes, les malheurs quotidiens... La fée eut le cœur serré.

- Je suis désolée, dit-elle. Quand tu avais six ans, je suis partie pour la grande conférence des fées, qui a lieu tous les deux cent ans. Elle a duré plus longtemps que je le croyais. Je ne savais pas du tout que ton père allait se remarier avec cette méchante femme, ni qu'elle allait te maltraiter. Voici ce que je te propose : tu vas faire tes valises tout de suite et partir avec moi. Nous allons dormir à l’auberge quelques nuits, le temps que je règle les affaires courantes, et ensuite je t'emmènerai vivre chez moi. Tu auras ta propre chambre, tu pourras aller au lycée et personne ne viendra te faire de mal. Qu'en penses-tu ?

- Tu vas faire ça ? demanda Sandrine, incrédule.

- Évidemment ! Je suis ta marraine, non ? D'ailleurs, j'aimerais te faire un cadeau tout de suite pour fêter le début de notre cohabitation. Que souhaites-tu ?

Sandrine réfléchit quelques instants, puis sourit.

- J'aimerais aller à la soirée du prince ! s'écria-t-elle. Je ne suis jamais allée à ce genre de fête. Cela doit être amusant !

- Eh bien, allons-y ! répondit la fée.

Joyeuse, Sandrine s'empara du seau plein de cendres qui traînait près de l'âtre et courut vers les chambres de ses belles-sœurs. En un instant, les lits auparavant si propres étaient pleins de saletés.

- Voilà s'écria la demoiselle. À leur tour de tout nettoyer !

Elle redescendit et trouva la fée qui examinait sa vieille chemise de nuit, toute pensive.

- Même pour dormir, la plupart des gens ne porteraient pas ça, dit-elle. Tu as d'autres affaires ?

- J'ai bien une robe mais elle est aussi vieille que celle que je porte, répondit Sandrine.

- Il t'en faut une autre pour aller danser. Quelle est ta couleur préférée ?

- Rouge, pourquoi ?

La fée agita sa baguette et la chemise de nuit se transforma en très jolie robe rouge. La fée transforma aussi deux coquilles de noix en escarpins. Ravie, Sandrine alla se laver et enfila sa tenue, qui lui allait à ravir. Enfin, la fée l'emmena à la soirée du prince.

La fête battait son plein quand elles arrivèrent. Tout le monde était en train de danser. Sandrine s'amusa toute la soirée. C'était très agréable de se gaver de petits gâteaux au buffet ou d'aller s'éclater au son de la musique ! Le prince la remarqua et alla danser avec elle à plusieurs reprises. Quant à ses belles-sœurs, elles la remarquèrent, mais elles ne la reconnurent pas car Sandrine avait l'air complètement différente sans la couche de crasse qui lui recouvrait ordinairement le visage.

Quand le premier coup de minuit sonna, Sandrine réalisa qu'elle était très fatiguée. En effet, elle avait travaillé toute la journée, dansé une bonne partie de la nuit, et n'avait pas l'habitude de porter des escarpins. Discrètement, elle alla trouver sa marraine, qui bavardait joyeusement avec les mamans d'autres invitées.

- Merci de m'avoir amenée ici, dit-elle. C'était vraiment très amusant mais je ne tiens presque plus debout. Veux-tu bien me raccompagner ?

La marraine acquiesça, prit congé et emmena Sandrine dehors. Une fois devant la porte, la jeune fille se débarrassa de ses escarpins, qui lui faisaient vraiment mal aux pieds. Elle suivi la fée jusqu'à l'auberge et s'écroula sur son lit, un sourire aux lèvres. C'était vraiment la plus belle soirée de sa vie.

ooo

Pendant ce temps, le prince cherchait des yeux sa cavalière préférée.

- Où est la fille en rouge ? demanda-t-il à une des belles-sœurs.

- Je n'en sais rien, répondit-elle. Vous ne voulez pas plutôt danser avec moi ?

- Non ! répondit-il. Où est la fille en rouge ?

- Eh bien, elle est sortie sans même dire au revoir ! répondit l'autre belle-sœur.

Vexé, le prince sortit et trouva un des escarpins rouges. Il réfléchit un instant, puis décida de le garder. La fête s'acheva tard dans la nuit et la méchante belle-mère rentra enfin chez elle avec ses filles.

- Cendrillon ! cria-t-elle en entrant dans la maison. Viens ranger nos manteaux !

Évidemment, nul ne répondit. La belle-mère s'énerva.

- Cendrillon ! Ici tout de suite, sinon t'auras rien à manger de toute la journée demain !

Toujours aucune réponse. L'une des sœurs s'inquiéta.

- Peut-être qu'elle est tombée malade, supposa-t-elle.

- Oh, non ! s'écria-t-elle. Si elle est malade, qui va cirer nos chaussures ?

- Cendrillon !!! crièrent-elles toutes les trois.

Excédée, l'une des sœurs se rua dans la cuisine. La paillasse où dormait sa belle-sœur était vide.

- Elle se cache ! lança-t-elle, exaspérée.

- Oh, ce n'est pas si grave, décida la belle-mère. Je la fouetterai demain. Mes filles, allons nous coucher.

Sur ce, elles se débarrassèrent de leurs manteaux, gagnèrent leurs chambres et se glissèrent dans leurs lits, pour en ressortir tout de suite en poussant des cris d'effroi.

- De la cendre ! criaient-elles. Elle a mis plein de cendre dans le lit !

- Cendrillon ! hurla la méchante belle-mère. Viens ici, que je te fouette !

Mère et filles fouillèrent la maison de fond en combles mais ne trouvèrent absolument rien. Elles finirent par se mettre au lit tard dans la nuit, sales et de fort méchante humeur.

Ooo

Pendant ce temps, Sandrine et sa marraine avait dormi tranquillement dans une chambre de l'auberge du coin. La fée se réveilla la première. Elle décida de ne pas réveiller Sandrine, lui laissa un petit mot et alla en ville pour se renseigner. Elle voulait adopter Sandrine le plus tôt possible et pour cela, elle devait contacter un cabinet d'avocat.

Quand Sandrine se réveilla, elle eut l'impression d'être au Paradis. Elle était étendue dans des draps frais, bien repassés et qui sentaient la lavande, et non plus sur un sac de jute puant. Il y avait des rideaux aux fenêtres et personne, absolument personne ne criait : « Cendrillon ! Tu nous fais à bouffer ou quoi ? » C’était plus beau que tout ce qu’elle avait espéré.

Elle trouva le petit mot de sa marraine, ainsi que des vêtements propres et sans trous sur une chaise, près de son lit. Ravie, elle alla faire sa toilette, s’habilla et décida d’aller manger en attendant sa marraine. Une délicieuse odeur de pain frais grillé flottait dans l’escalier. Du pain bien frais, quel rêve !

C’est alors qu’un raffut pas possible se fit entendre. Un page entra, joua un petit air de trompette et annonça :

- Ordre princier ! Toutes les jeunes filles de l’auberge sont priées de se déchausser, plus vite que ça !

Il n’y avait que trois filles et femmes dans l’auberge à ce moment : la femme de l’aubergiste, sa fille et Sandrine. Evidemment, elles ne comprenaient rien à ce qui se passait mais elles s’alignèrent néanmoins et se déchaussèrent. Le prince entra, leur fit signe de s’asseoir et sortit un des escarpins de Sandrine. Il le passa au pied de la fille de l’aubergiste.

- Cet escarpin est trop grand pour ton pied ! s’étonna-t-il.

- C’est normal ! répondit la fille. C’est une chaussure pour grande. Moi, j’ai six ans !

- Oh, pardon ! Tu peux aller jouer. Voyons ce pied-ci ! Oh, il vous va parfaitement ! C’est avec vous que j’ai dansé hier !

- Mais non, Votre Altesse ! répondit la propriétaire du pied en question. Mon mari et moi avons passé la soirée d’hier à vérifier les comptes de notre auberge. Il peut en témoigner !

- Oh, d’accord, répondit le prince. Voyons ce pied !

La chaussure allait parfaitement au pied de Sandrine, ce qui était normal car elle faisait une pointure assez courante. Il la regarda avec émerveillement.

- C’est avec vous que j’ai dansé la soirée d’hier ! s’écria-t-il.

- Oui, c’est possible, répondit Sandrine.

- C’est incroyable ! Sans cette chaussure, je ne vous aurais jamais retrouvée !

- Pourquoi ? s’étonna Sandrine. Il existe une façon très simple de reconnaitre les gens qu’on a déjà croisés : il suffit de regarder leurs visages !

- Oui, heu, j’avais les yeux ailleurs… balbutia le prince.

- Vous voulez dire que vous avez regardé mes nichons pendant toute la soirée ? s’indigna Sandrine.

- Ben, c’est votre faute ! Si vous ne vouliez pas qu’on les regarde, il fallait porter un col roulé !

- Pendant une soirée dansante ? Qui ferait un truc pareil ?

Le prince se prit la tête dans les mains et soupira profondément.

- J’allais vous demander en mariage, dit-il. Ensuite, je vous demanderai comment vous vous appelez et on pourra vivre ensemble.

- Heu…

- Ce serait une mauvaise idée, déclara la fée en entrant dans la pièce. Elle a seize ans, c’est encore une enfant !

- Oui, et on se connait à peine ! ajouta Sandrine. Mais si vous voulez, on peut être amis !

Le prince sortit en pleurant et en disant qu’avoir une amie, c’était quelque chose de profondément répugnant et que la fille était vraiment trop méchante de le friendzoner comme ça. Sandrine soupira de soulagement. En fait, elle n’avait pas du tout envie d’être amie avec le prince.

- Tu es prête ? demanda la fée. On va faire nos bagages et y aller ?

- Aller où ? demanda la jeune fille.

- Mais à la maison, évidemment !

C’est ainsi que Sandrine alla habiter chez sa marraine la fée. Elle se mit à fréquenter le lycée. Ce fut difficile, surtout au début, car elle avait été très traumatisée par ces années passées chez sa belle-mère. Cependant, la fée était très gentille et compréhensive avec elle. Sandrine s’accrocha et finit par décrocher un BTS avec mention très bien avant de monter sa propre auberge. Elle se maria à 28 ans et mena une vie tranquille.

Quant à la belle-mère et à ses filles, me direz-vous ? Eh bien, elles développèrent une réaction allergique aux cendres que Sandrine avait versées dans leur lit et elles durent rester des semaines au lit, à se gratter et à éternuer. Elles n’essayèrent plus jamais d’embêter qui que ce soit.

La fin!

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