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Mes contes de fées

Le dragon et la mandoline

Publié le 10 Novembre 2015 par BengiBerte in amitié, consentement, codes genrés, princesses, musique, dragons, sexisme, masculinité, féminisme, féminité

Il était une fois deux amis qui vivaient dans un pays très lointain. Ces deux amis étaient très différents. Jojo était un fier-à-bras, bruyant, arrogant, qui parlait fort et disait beaucoup de gros mots. Toto, lui était très calme, discret, gentil, et passait son temps à jouer de la mandoline. Pour tout dire, Toto avait un tout petit peu peur de Jojo mais il n’osait pas le lui dire. Les deux amis étaient pauvres, ils travaillaient dur toute la journée, ils s’ennuyaient et ils rêvaient souvent d’avoir une vie meilleure.

Un jour, le roi annonça qu’un énorme dragon avait enlevé la princesse au beau milieu de la nuit. Il promettait une grosse récompense à la personne qui lui ramènerait sa fille bien-aimée. En entendant cela, Jojo sauta de joie.

- Je vais faire cela ! s’écria-t-il. Tu vois, le dragon a laissé des traînées de fumée dans le ciel. Il me suffit de les suivre et je retrouverai la princesse !

- Oh, dit Toto, en est-tu certain ? Cela m’a l’air bien dangereux…

- Tu es une poule mouillée, mon ami ! s’écria Jojo. Un homme digne de ce nom n’a jamais peur de rien ! Allons, viens avec moi !

Toto se laissa convaincre. Ils firent leurs sacs et partirent ensemble. Ils voyagèrent longtemps et parvinrent enfin au bord d’un champ. Une jolie princesse dormait dans l’herbe.

- Comme elle est jolie ! s’écria Jojo. J’ai très envie de l’embrasser.

- Non ! protesta Toto. Elle n’a peut-être pas envie d’être embrassée. Il faut lui demander la permission d’abord.

A ce moment-là, la princesse se réveilla et Jojo se précipita.

- Vous n’avez plus rien à craindre ! s’écria-t-il. Nous allons vous ramener chez vous !

- Non ! répondit la princesse. Rentrez chez vous. Je vais très bien.

- Vous n’allez pas très bien ! insista Jojo. Un vilain dragon vous a enlevée.

- Oh non, pas du tout ! protesta la princesse. J’ai fait croire à tout le monde qu’un dragon m’avait enlevée. La vérité, c’est que je m’ennuie dans ma vie de princesse et que j’ai envie de voyager et de découvrir ce dont j’ai envie. J’ai dix-huit ans, je suis assez grande pour mener ma vie comme je l’entends.

- Mais enfin ! s’énerva Jojo, votre papa sait mieux que vous ce qui est bon pour vous !

- Moi, je suis d’accord avec elle ! protesta Toto. Je pense qu’elle devrait voyager où elle veut si elle en a envie.

La princesse soupira et sortit une feuille de papier de son sac.

- Ecoutez, dit-elle, voici ce que nous allons faire. Je vais écrire une lettre pour expliquer à mon père que je vais bien et vous allez la lui porter. En récompense, voici une de mes bagues. En la vendant, vous allez gagner pas mal d’argent et vous allez me laisser tranquille. D’accord ?

Toto était parfaitement d’accord. Il prit la lettre et fit signe à Jojo de partir. Mais Jojo fit seulement semblant de s’en aller. Il alla se cacher un peu plus loin. En le voyant se cacher, Toto l’interrogea :

- Pourquoi te caches-tu au lieu de porter cette lettre à son père ?

- Parce que j’ai une meilleure idée ! répondit Jojo. Je vais suivre cette princesse et voir ce qu’elle fait !

- Mais voyons, c’est une mauvaise idée ! s’écria Toto. Viens, rentrons !

- Non, moi je reste !

Toto soupira et décida de rester près de Jojo pour l’empêcher de faire des bêtises. La princesse partit le long des routes et les deux amis la suivirent à distance. Ils marchèrent toute la journée. Le soir venu, la princesse prit une couverture dans son sac, s’enroula dedans et s’endormit sous un arbre.

- Elle est vraiment très jolie ! s’écria Jojo. J’ai très envie de l’embrasser !

- Ce serait une très mauvaise idée, fit remarquer Toto. Nous lui avons promis de porter cette lettre à son papa, tu te souviens ? Allons la porter tout de suite !

Mais Jojo sortit de sa cachette et courut près de la princesse. Avant que Toto ait eu le temps de l’en empêcher, il l’embrassa sur la bouche. La princesse ouvrit des yeux stupéfaits et se mit à hurler, puis se transforma en énorme dragon rugissant. Jojo resta bouche bée.

- Non ! cria-t-il. Ne me faites pas de mal ! Pitié, j’ai peur !

Le dragon se mit à cracher du feu et Jojo partit en courant. Le feu prit à son pantalon et il alla se rouler dans une flaque d’eau, puis se sauva en hurlant de peur. Toto n’osait pas bouger. Le dragon se transforma à nouveau en princesse et se mit à chercher partout. Elle trouva Toto tout tremblant dans sa cachette.

- Tiens ! dit-elle. Toi aussi, tu veux m’embrasser sans ma permission ?

- Oh, non ! répondit Toto. Mon ami a eu tort, je m’excuse de sa part. Je suis vraiment désolé !

- Oh ! dit la princesse. Toi, tu es bien élevé. Tiens, tu veux t’asseoir avec moi ?

- Oui, répondit Toto.

Ils allumèrent du feu et allèrent s’assoir côte à côte. La princesse raconta son histoire à Toto. Elle s’appelait Lila et quand elle était enfant, un bébé dragon lui avait mordu la main. Depuis, elle pouvait se transformer en dragon quand elle le voulait.

- C’est incroyable ! s’écria Toto. Dis-moi, tu aimes être un dragon ?

- Je préfère ne pas en parler, répondit la princesse.

- D’accord. Oh, les étoiles sont très belles ce soir, tu ne trouves pas ?

Toto et Lila aimaient tous deux regarder les étoiles. Ils contemplèrent le ciel un long moment, puis s’étendirent sur le sol et s’endormirent.

Le lendemain, Lila rassembla ses affaires et annonça à Toto qu’elle voulait s’en aller.

- Où iras-tu ? s’enquit Toto.

- De l’autre côté des montagnes, répondit la princesse. On dit qu’il y a beaucoup de dragons là-bas. Les gens m’accepteront peut-être comme je suis. Tu sais, mon père déteste quand je me transforme en dragon. Il dit que ce n’est pas convenable pour une fille et que je ferais mieux de rester dans ma chambre et de m’occuper de mes robes.

Lila se sentait vraiment triste en disant cela. En voyant sa tristesse, Toto lui demanda :

- Me laisseras-tu voyager avec toi ? J’aimerais beaucoup voir ces montagnes, on dit qu’elles sont très belles !

- D’accord ! répondit la princesse.

Toto et Lila s’en allèrent donc sur les routes. Ils bavardèrent, plaisantèrent et devinrent amis. Au bout de quelques jours, Toto demanda :

- Si tu peux devenir un dragon, peux-tu voler dans les airs ?

- Oui, répondit Lila.

- Très haut ?

-Jusqu’en haut des montagnes. Veux-tu que je te montre ?

Toto acquiesça et Lila se changea en dragon et vola devant lui. Ensuite, elle le prit sur son dos et lui fit faire un petit tour. Toto avait un petit peu peur mais en même temps, il adorait cela. Voler dans les airs, c’était vraiment très amusant !

- Merci pour la promenade ! s’écria-t-il quand ils furent revenus à terre. On a vraiment une très belle vue de là-haut !

- C’est vrai, répondit Lila. Tu sais, j’aime beaucoup voler quand je suis un dragon mais mon père me l’interdit. Il dit que je ferais mieux de rester dans ma chambre et de jouer de la mandoline. Je déteste jouer de la mandoline !

- Ça alors ! s’écria Toto. Moi, j’adore la musique. Seulement, les gens disent toujours que la mandoline n’est pas un instrument de garçon et que j’ai l’air bête quand j’en joue. Ils disent que je ferais mieux d’abattre des arbres ou de construire des maisons. Je déteste abattre des arbres !

- Le monde est mal fait, dit pensivement Lila. As-tu ta mandoline avec toi ?

- Non, répondit Toto. Je l’ai laissée dans mon ancienne chambre quand j’ai suivi Jojo.

- C’est vraiment dommage, dit la princesse. J’adorerais t’écouter jouer.

Ils continuèrent leur route et trouvèrent un petit village ou ils firent halte. Lila acheta une mandoline et en fit cadeau à Toto, qui se mit à jouer. Il jouait une jolie chanson triste et les gens s’arrêtèrent pour l’écouter. Et puis, une violoniste s’approcha et se mit à jouer avec lui. Ensuite, un joueur d’harmonica se joignit à eux. Ils formaient un petit orchestre merveilleux.

Enfin, les musiciens s’arrêtèrent de jouer et les passants les applaudirent. Toto salua tout le monde, après quoi lui et Lila allèrent ensemble chercher une auberge pour déjeuner. Toto était tout triste.

- J’aime tellement la musique, dit-il. J’aimerais gagner ma vie en jouant de la mandoline.

- Pourquoi ne le fais-tu pas ? s’étonna Lila.

- Parce que je suis très mauvais en mathématiques et que je ne saurais pas calculer le prix d’un concert, voilà pourquoi.

- C’est dommage, répondit Lila. Moi, j’aime beaucoup les mathématiques.

Ils se regardèrent longuement. La même idée germait dans leurs têtes.

- J’aimerais que nous travaillions ensemble, annonça enfin Lila. Voici ce que je te propose : nous allons former un orchestre, avec toi et d’autres musiciens. Toi, tu joueras de ta mandoline. Moi, je me chargerai de louer les salles et d’organiser les concerts. Qu’en penses-tu ?

- Je pense que c’est une excellente idée ! s’écria Toto. Je suis tellement heureux que j’ai très envie de t’embrasser. Je peux ?

- Oui ! répondit Lila en lui tendant sa joue.

Alors Toto et Lila créèrent un orchestre qui joua dans le monde entier. Ils enchantèrent tout le monde de leur musique envoûtante, voyagèrent et s’amusèrent beaucoup. Toto n’avait plus peur de Jojo. Lila pouvait toujours se transformer en dragon mais cela ne la dérangeait plus. Ils furent amis toute leur vie. Quand à Jojo, le dragon lui avait tellement fait peur qu’il n’osa plus jamais embrasser une fille sans sa permission, et c’est bien fait pour lui !

La fin !

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