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Mes contes de fées

La narration

Publié le 25 Mai 2014 par BengiBerte in Conseils aux jeunes auteur(e)s

A ma connaissance : il existe deux types de narration possibles pour une histoire : la première personne (faire raconter l’histoire par un personnage) et la troisième personne (faire raconter l’histoire par un narrateur omniscient).

Souvent, les auteurs préfèrent la narration à la troisième personne parce que c’est tout simplement plus facile. On n’est pas « dépendant » d’un point de vue, on peut raconter plus librement, mieux développer le ressenti de personnages différents… Il est vrai qu’il existe de très bons livres écrits à la première personne mais souvent, il vaut mieux choisir la troisième.

Vous n’êtes pas convaincus ? Regardons un peu ce morceau de texte :

Je suis sortie en courant de l’immeuble. Sarah m’attendait à l’arrêt du bus. Elle fumait nerveusement et salissait ses dents blanches comme neige comme de la neige immaculée parce qu’elle venait de se disputer avec son copain. On est montées dans le bus ensemble sans échanger un mot et un Italien n’arrêtait pas de nous regarder.

Qu’est-ce qui ne va pas dans ce texte ? Tout. La narratrice annonce que Sarah vient de se disputer avec son copain alors qu’elle n’en sait rien. Elle pense aussi que le passager du bus est italien, pourquoi ? Est-ce écrit sur son visage ? Et pourquoi utilise-t-elle soudain des termes poétiques pour décrire une simple connaissance ? Y a-t-il des gens qui pensent en termes poétiques ?

L’auteur veut simplement donner plus d’informations que la narratrice ne peut en fournir. Voici une version « normale » du même texte.

Je suis sortie en courant de l’immeuble. Sarah m’attendait à l’arrêt du bus. Elle fumait nerveusement alors qu’elle m’avait annoncé la veille qu’elle ne fumerait plus jamais. Ça m’a étonnée et je me suis demandé si elle ne s’était pas disputée avec sa mère, par exemple, ou avec son copain. Je n’osais pas la questionner sur ce sujet, alors on est montées dans le bus ensemble sans échanger un mot. Au bout d’un moment, j’ai réalisé qu’un type qui parlait italien dans son portable n’arrêtait pas de nous regarder.

Et à la troisième personne :

Emma sortit en courant de l’immeuble. Sarah l’attendait à l’arrêt du bus en fumant nerveusement. En effet, Sarah se sentait déprimée parce qu’elle et son copain venaient de se disputer. Cependant, elle ne voulait pas en toucher mot à Emma parce qu’elle savait que celle-ci était encore convalescente et qu’elle ne voulait pas l’inquiéter. Les deux amies montèrent dans le bus en silence, sous les yeux d’un Italien qui les fixait sans vergogne.

Mes excuses à tous les Italiens.

Le choix du narrateur est tout aussi important. Certains livres écrits à la première personne sont agréables à lire parce que le narrateur est justement un bon narrateur. Des personnages comme Jane Eyre, le docteur Watson, la Nelly Dean des Hauts de Hurle-Vent ou encore Thursday Next ont plusieurs points communs : ils sont plutôt discrets, observateurs, normalement voire très intelligents, dotés d’un sens de la communication correct et capables de faire des phrases. Ce sont des qualités indispensables pour un narrateur.

Tous les romans ne peuvent pas être écrits à la première personne. Par exemple, j’aime beaucoup Harry Potter mais il aurait été un narrateur catastrophique car il n’est pas toujours très observateur, vraiment pas doué pour décoder les émotions d’autrui ou même les siennes, et parce que ce n’est pas un « communicateur » : il préfère les actes aux paroles. Il y a des personnages qui ne sont tout simplement pas faits pour être des narrateurs.

Pour résumer, si vous voulez vraiment raconter une histoire à la première personne, utilisez un narrateur qui rendra l’histoire agréable à lire. Si c’est impossible, n’hésitez pas à utiliser la troisième personne. Oh, et soyez prudents avec les changements de point de vue : ils peuvent s’avérer déroutants pour le lecteur.

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