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Mes contes de fées

La belle-soeur de Riquet à la Houppe, troisième partie

Publié le 17 Avril 2014 par BengiBerte in frères et soeurs, ambition, féminisme, un de mes contes

La première chose que fit Sonya à son arrivée dans la ville bleue fut demander où se trouvait l’université. Elle s’y précipita et resta stupéfaite. Il s’agissait d’un immense bâtiment flanqué d’une grande bibliothèque. Quelques étudiants lisaient sur la pelouse et l’endroit respirait un air de calme et de sérieux.

Un écriteau indiquait qu’on avait le droit de s’inscrire dans l’après-midi. Sonya alla faire un tour et se trouva un logement puis revint et alla frapper à la porte car l’après-midi venait de commencer.

- Bonjour ! s’écria-t-elle. Je viens pour une inscription !

- Très bien ! répondit la réceptionniste. La personne qui veut s’inscrire doit se trouver un uniforme et remplir ce formulaire !

Sonya s’assit et commença à écrire son nom en haut de la feuille. La réceptionniste s’étonna :

- La personne qui veut s’inscrire ne peut pas la remplir toute seule ?

- C’est moi, qui veut m’inscrire, répondit Sonya. Un jour, je serai médecin.

- Mais les femmes n’ont pas le droit d’étudier la médecine ici ! s’écria la dame. Ça ne s’est jamais vu ! Sortez !

Furieuse, elle lui arracha la feuille des mains et la poussa dehors. Médusée, Sonya s’adressa à l’un des étudiants qui se prélassait sur la pelouse :

- Hé ! Cette femme ne veut pas que je m’inscrive ici !

- C’est normal ! cria l’étudiant. Les filles n’ont pas le droit d’étudier la médecine. Elles doivent rester à la maison !

Furibarde, Sonya partit à grands pas et fit le tour du quartier en courant presque. Puis une idée lui vint. Puisque les filles n’avaient pas le droit d’étudier, elle n’avait qu’à se déguiser en garçon et on la laisserait entrer.

Sonya entra donc dans une boutique et acheta un uniforme de garçon. Ensuite, elle se coupa les cheveux très court, revêtit l’uniforme et revint à l’université bleue.

- Bonjour, dit-elle d’une voix grave. Je m’appelle M. Serpent. J’aimerais étudier la médecine.

- Bonjour Monsieur, répondit la réceptionniste. Vous n’avez qu’à remplir ce formulaire. Bienvenue à l’université.

Ooo

Sonya s’inscrivit, puis rentra chez elle et écrivit à sa sœur. Elle lui raconta comment elle avait traversé le désert et comment elle s’était inscrite à l’université. Elle se sentait si heureuse qu’elle en parler à quelqu’un ! Ensuite, elle se mit à étudier. Elle travailla beaucoup et devint la meilleure étudiante de l’université. Elle aimait de plus en plus ses études et se sentait au comble de la joie.

Dans les années qui suivirent, sa sœur lui écrivit à son tour. Elle lui annonça qu’elle était maintenant mère de deux jumeaux, un garçon et une fille. Elle s’ennuyait un peu parce qu’être reine est un peu ennuyeux, mais elle aimait beaucoup ses enfants. Les deux sœurs s’écrivirent souvent au cours des années qui suivirent.

Malheureusement, un des étudiants n’aimait pas du tout celle que tout le monde appelait « Monsieur Serpent » parce qu’elle avait de meilleures notes que tout le monde. Il trouvait injuste la façon dont les professeurs l’admiraient et il aurait bien aimé la chasser de l’université bleue. Seulement, ce n’était pas possible et il le savait. Les années passèrent et il accumula le dépit et la rancune.

Vint la veille de la remise des diplômes. Ce jour-là, un messager apporta une lettre à Sonya alors qu’elle sortait de la classe. Elle l’ouvrit et se mit à sauter de joie.

- Tu m’as l’air bien content ! s’écria l’étudiant qui ne l’aimait pas.

- Oh, oui ! s’écria-t-elle. C’est une lettre de ma sœur. Elle vient d’avoir son troisième bébé. Je suis si heureuse pour elle !

- Que dis-tu ? s’exclama le méchant étudiant.

- Je veux dire, je suis heureux ! Je suis son frère, c’est normal que je sois heureux pour elle !

L’étudiant s’éloigna, méfiant. Le lendemain eut lieu la remise des diplômes. Quand Sonya alla chercher le sien, il se précipita derrière elle et hurla :

- Vous avez tous été bernés ! Monsieur Serpent est une fille !

Et il lui arracha son uniforme, dévoilant la robe de femme qu’elle portait en dessous. Sonya resta stupéfaite. Tous les étudiants se mirent à murmurer car aucun d’eux ne se doutait de ce qui allait arriver.

Pour finir, Sonya monta sur l’estrade et s’adressa à tout le monde :

- Bonjour, dit-elle d’une voix forte. J’imagine que je vous dois des explications. Je m’appelle Sonya et j’ai menti en disant que j’étais un garçon. Je voulais vraiment étudier la médecine et on a refusé de me laisser entrer sous prétexte que je suis née fille. C’est pour ça que je vous ai fait croire à tous que je m’appelais Monsieur Serpent. J’ai étudié comme chacun de vous, j’ai beaucoup travaillé et je pense que j’ai mérité mes bonnes notes. Je pense aussi que j’ai mérité ce diplôme. Si certains d’entre vous se sentent trompés, sachez que j’ai menti pour devenir un bon médecin et pas pour vous contrarier.

- On n’a jamais vu une femme médecin ! s’écria le méchant étudiant, furieux.

- Eh bien, je serai la première !

Il y eut un grand silence, puis un des professeurs se mit à applaudir.

- Monsieur ! s’écria-t-il. Je veux dire, Mademoiselle ! Je ne sais pas quoi dire ! Vous avez persévéré pendant toutes ces années malgré les difficultés et sans qu’on vous aide… Vous avez vraiment un courage incroyable ! J’aimerais que tous mes étudiants vous ressemblent. Donnez-lui son diplôme, elle l’a mérité !

- On n’a jamais donné un diplôme de médecin à une fille ! protesta un autre professeur.

- Elle sera la première !

Il y eut un chahut incroyable. Certains étudiants hurlaient qu’il fallait donner son diplôme à Sonya, d’autres que c’était inacceptable. Pour finir, le doyen se leva et réclama le silence.

- Messieurs ! cria-t-il. Messieurs et Mademoiselle ! Nous sommes face à une situation sans précédent. Si vous le permettez, nous allons terminer la remise des diplômes. Après cela, les professeurs vont se réunir pour décider de ce qu’on va faire avec Mademoiselle… Sonya… Serpent. Asseyez-vous, je vous prie.

Sonya retourna s’asseoir et assista à la fin de la cérémonie, le cœur battant. Le dernier étudiant alla chercher son diplôme, la salle se vida et les garçons allèrent tous faire la fête avec leurs amis ou leur famille. Sonya resta sur place et attendit que les professeurs aient fini de délibérer dans une petite pièce. Enfin, la porte s’ouvrit et le doyen de l’université s’approcha d’elle.

- Mademoiselle ! s’écria-t-il. Ceci est, je l’avoue, une situation sans précédent. Pourquoi n’avez-vous pas tout simplement dit que vous vouliez étudier ici ?

- Je l’ai fait, répondit Sonya. On m’a dit que je n’en avais pas le droit, que c’était interdit par le règlement.

- Eh bien, pourquoi ne pas avoir insisté ?

- Eh bien, pourquoi ne pas m’avoir laissée m’inscrire sans me poser de questions ? rétorqua Sonya, pas contente.

- Jeune fille, je ne sais pas si je dois vous réprimander pour votre insolence ou vous féliciter pour vos bonnes notes ! Voici votre diplôme ! Bon courage pour votre carrière !

Sonya lui prit le diplôme des mains et lut. C’était bien un diplôme de médecine à son nom, avec la mention très bien. Elle le glissa dans une enveloppe qu’elle avait préparée et salua les professeurs qui s’étaient massés devant elle.

- Je ne suis pas insolente, dit-elle. J’avais un rêve et j’ai dû affronter plus d’obstacles pour le réaliser que n’importe quel garçon. Vous n’avez jamais été obligés de vous déguiser pour faire les études que vous aimiez. Vous ne pouvez pas comprendre. Il y a très longtemps, j’étais une petite princesse gâtée. Un jour, je suis entrée dans le palais royal avec mes chaussures pleines de terre et une servante s’est mise en colère parce que je laissais de la saleté sur les dalles qu’elle venait de laver. A l’époque, je n’ai pas compris sa colère. Je ne savais pas à quel point c’était difficile de laver des dalles toutes la journée. Etant une princesse, j’avais des privilèges et je ne m’en rendais pas compte. Vous avez des privilèges parce que vous êtes des hommes et que personne ne vous a interdit de faire les études que vous aimiez. C’est comme ça. Quand on est né privilégié, on a tendance à oublier que les autres n’ont pas vos privilèges.

- Voulez-vous qu’on s’excuse d’être nés hommes ? demanda l’un des enseignants.

- Non. Ce que j’aimerais, ce serait que vous écoutiez les femmes quand elles ont quelque chose à dire. Vous avez tout à y gagner. Soyez justes, laissez entrer ici toutes les jeunes filles qui veulent étudier la médecine. Ce sera mieux.

- Mais les jeunes filles ne veulent pas étudier la médecine ! s’étonna un autre.

- Si. Moi, je l’ai fait.

A suivre...

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