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Mes contes de fées

La belle-soeur de Riquet à la Houppe, quatrième partie

Publié le 24 Avril 2014 par BengiBerte in féminisme, frères et soeurs, un de mes contes

Sonya rentra chez elle et se mit à danser de joie. Elle se sentait si heureuse d’avoir obtenu son diplôme qu’elle ne savait plus où elle en était. Ce soir-là, tout le monde fit la fête et dans les semaines qui suivirent, l’université bleue ouvrit ses portes aux filles aussi bien qu’aux garçons.

Ensuite, Sonya décida de rentrer chez elle pour y travailler en tant que médecin. Cette fois-ci, elle ne traversa pas le désert seule : deux étudiants voyageaient dans le même charriot, ainsi que la petite sœur de l’un d’eux. Sonya restait calme et pensive. Elle se demandait où elle allait s’installer en tant que médecin : dans une ville ou à la campagne ? Finalement, elle décida de bien se renseigner avant de prendre sa décision.

- Tu es Sonya Serpent, n’est-ce pas ? demanda soudain la petite sœur de l’étudiant.

- Oui, c’est moi ! répondit Sonya, surprise.

- C’est vrai que tu t’es déguisée en garçon pour apprendre un métier de garçon ?

- Oh, il n’y a pas de métier de garçon ou de métiers de fille ! répondit Sonya. Il n’y a que des métiers qui vous intéressent et des métiers qui vous intéressent moins !

- Sonya, enfin, ne dis pas ça ! s’écria l’un des étudiants. Si tu continues, tu vas lui donner envie de faire comme toi. Les filles n’ont pas le droit de prendre les métiers des garçons !

- Moi, je crois qu’elle a eu raison ! s’écria la petite fille. Ce serait bien si tout le monde pouvait tout apprendre ensemble, filles et garçons. Ce serait bien plus drôle !

- Tu ne sais pas de quoi tu parles ! protesta l’étudiant. Tu es trop petite !

- Non, elle n’est pas trop petite, rétorqua Sonya.

- Tu sais, Sonya, continua l’enfant, quand je serai grande, je veux être comme toi !

- Comment peux-tu dire une chose pareille ! s’offusqua le garçon. Elle est moche !

Sonya resta pensive un long moment. Cela faisait longtemps qu’on ne lui avait pas dit ces quelques mots : « tu es laide ». Pendant toute son enfance, les gens avaient murmuré sur son passage parce qu’ils la trouvaient tous moins jolie que sa sœur. A l’université, on l’avait prise pour un garçon et sa laideur était soudain passée inaperçue. Pourquoi les garçons avaient-ils le droit d’être laids et les filles, non ?

- Je ne peux pas changer mon visage, dit-elle enfin. Je ne peux pas empêcher mon nez d’être crochu ou mes yeux d’être trop petits. En revanche, il y a des tas de choses que je peux changer. J’ai obtenu mon diplôme alors qu’on m’a dit que c’était impossible. J’ai ouvert la voie à d’autres filles qui pourront devenir médecins à leur tour si elles en ont envie. L’important n’est pas ce que les gens voient de vous au premier regard. L’important, c’est la façon dont on peut changer le monde. Que fais-tu pour rendre le monde meilleur ?

Ensuite, elle se tourna vers la petite fille et ajouta:

- Plutôt que d'être comme moi, sois comme toi. Suis ton propre chemin et ne laisse personne te dicter ta conduite. Crois en toi et tu réussiras tout ce que tu voudras.

La petite fille hocha la tête, émue, tandis que le garçon se taisait, tout honteux. Sonya attrapa son livre préféré et se plongea dedans tandis que la caravane avançait au milieu du désert.

ooo

Les voyageurs se séparèrent à la ville suivante. Sonya se renseigna et apprit qu’il n’y avait pas beaucoup de médecins dans les montagnes de l’Est. Elle acheta un cheval et décida de s’y rendre.

Elle voyagea ainsi seule pendant trois jours et trois nuits. Le quatrième jour, elle arriva dans un village dont les maisons étaient blanches et bien propres. Elle descendit dans la première auberge venue, se présenta et demanda s’il y avait un médecin en ville.

- Ah, lui dit-on, il y avait bien un médecin mais il est mort il y a un mois. Il va beaucoup nous manquer.

- C’est bien triste, dit Sonya.

- Oh oui, c’est triste ! Ce qui est terrible, c’est que l’hiver approche et qu’il y a parfois des épidémies. Il nous faudrait un autre médecin.

- Je suis diplômée en médecine, annonça Sonya, et j’ai beaucoup étudié les épidémies. Je pourrai vous soigner.

L’aubergiste resta stupéfait, puis éclata de rire.

- Nous soigner ? Elle est bien bonne ! On n’a jamais vu une femme médecin !

- Je sais. Je suis la première.

- Mais comment pouvez-vous être médecin ? s’étonna l’aubergiste. Votre papa vous a laissée entrer dans une école de médecine ?

- Je ne lui ai pas demandé la permission, rétorqua Sonya. J’étais la meilleure élève de mon école et j’ai mon diplôme pour le prouver. Je peux soigner n’importe quelle épidémie. Si vous voulez une preuve, vous n’avez qu’à attendre jusqu’à ce que quelqu’un tombe malade. Je soignerai cette personne.

- Oh, dit l’aubergiste, vous êtes bien brusque. Vous ne pouvez pas parler gentiment ?

- Personne ne m’écoute quand je parle plus gentiment que ça !

L’aubergiste se tut, stupéfait. Sonya sortit et prit une chambre dans l’auberge d’en face. Le lendemain, on lui annonça qu’un enfant s’était fait très mal aux jambes en sautant du haut d’une grange. Sonya se rendit à son chevet et le soigna si bien qu’il fut sur pieds au bout de deux jours. L’aubergiste fut obligé de s’excuser et d’admettre que Sonya était réellement un bon médecin.

Elle resta dans ce village pendant plusieurs mois. Elle soignait les gens et elle aimait ça mais pour tout dire, elle s’ennuyait aussi un peu. L’animation de la ville lui manquait beaucoup, ainsi que les gens qu’elle avait connus là-bas. En outre, il n’y avait pas de grande bibliothèque dans ce village alors qu’elle aimait toujours autant lire. Souvent, Sonya se demandait que devenaient les gens qu’elle avait connus.

Elle écrivit une longue lettre à sa sœur Emeraude, lui raconta tout ce qui lui était arrivé et lui demanda de ses nouvelles. Pendant longtemps, elle attendit une réponse qui ne venait pas. Et puis, un matin, elle trouva une lettre marqué du sceau royal dans sa boîte. Vivement, elle déchira l’enveloppe et lut :

Ma très chère Sonya,

Je suis ravie d’apprendre que tu es devenue médecin et je suis vraiment très fière de toi. Les meilleures notes de toute l’université ! J’ai sauté de joie en lisant ça. J’aimerais que mes enfants aient ton courage et ton intelligence. Ils sont encore petits, on ne sait pas encore comment ils seront plus tard. Et puis, les jumeaux sont tombés malades. Le médecin royal m’a dit que c’était la fièvre noire mais il n’avait pas l’air très sûr de lui. Ils vont à l’école maintenant et ils ont appris à lire.

Léo sait qu’il règnera un jour sur le royaume et il prend ça très au sérieux. Léa, au contraire, n’a pas tellement envie d’être une princesse. Elle aimerait inventer une machine volante et partir au bout du monde avec. Elle a même déjà essayé de la construire ! Ces enfants sont vraiment incroyables. J’espère qu’ils vont guérir vite : le palais royal est vraiment trop calme quand je ne les entends pas jouer.

Tu me manques, tu sais. J’aimerais vraiment que tu passes nous rendre une visite un jour. je suis sûre que Léo, Léa et le bébé vont t’adorer.

Gros bisous,

Ta sœur qui t’aime, Emeraude.

Sonya relut la lettre plusieurs fois et essuya une larme. Elle réalisait soudain à quel point sa sœur lui manquait. La famille, c’était important : il fallait qu’elle aille la retrouver !

Sonya écrivit donc un courrier à l’université et leur demanda de leur envoyer un médecin pour la remplacer. Ensuite, elle fit ses bagages et voyagea jusqu’au royaume à la Houppe. Elle arriva au petit matin et fit à pieds le reste du trajet jusqu’au palais royal. Les gens la regardaient à peine car elle ne portait pas sa robe de princesse et qu’ils ne pouvaient pas deviner qu’elle était la sœur de la reine. Enfin, elle entra par la porte des domestiques et prit le chemin des appartements royaux.

Elle trouva sa sœur en robe de chambre, affalée dans un fauteuil. En la voyant, elle eut l’air stupéfait, puis alla la serrer dans ses bras.

- Ma Sonya, s’écria-t-elle, je te retrouve enfin ! C’est si bon de te revoir !

- Ma grande sœur chérie ! s’écria Sonya avec des larmes plein les yeux.

Les deux sœurs allèrent s’asseoir et parlèrent encore et encore. Sonya raconta la façon dont elle avait traversé le désert et étudié la médecine, déguisée en garçon, et Emeraude raconta la naissance de ses trois enfants. Elles réalisaient à quel point elles s’étaient manquées et se sentaient vraiment heureuses de s’être retrouvées.

Sonya remarqua qu’Emeraude avait l’air un peu triste quand elle parlait de ses enfants et s’en inquiéta.

- Oh, répondit Emeraude, c’est qu’ils sont encore malades, tu comprends ? La fièvre n’est toujours pas partie.

- Pourquoi ne m’as-tu pas dit ça plus tôt ? s’écria Sonya. Je vais les examiner tout de suite !

Sur ce, Sonya se rendit dans la chambre des jumeaux qui dormaient encore, tout fiévreux. La fille se réveilla en premier et lui sourit.

- Je sais qui tu es ! s’écria-t-elle. Tu es ma tante Sonya ! Il y a ton portrait dans la galerie d’en haut ! Ma maman m’a dit qu’elle t’aime beaucoup ! Mais où étais-tu ?

- J’étais partie très loin, expliqua Sonya. Je suis devenue médecin et maintenant, je vais te soigner. Où as-tu mal ?

La petite fille se laissa examiner et ensuite, Sonya examina le petit garçon. Ensuite, elle retourna voir sa sœur et posa sa main sur son épaule.

- Je sais ce qu’ils ont, expliqua-t-elle. C’est une maladie exotique. Je m’étonne qu’ils l’aient attrapé sans aller dans les îles du sud.

- Un marchand des îles du sud est passé dans le palais royal le mois dernier, se souvient Emeraude. C’est comme ça qu’ils ont dû l’attraper.

- Heureusement, cette maladie se guérit ! s’écria Sonya. Le marchand se trouve-t-il encore ici ?

- Non. Il est reparti chez lui. Pourquoi ?

- Parce que le remède est une plante, la rosée-de-neptune, qui pousse dans les îles du sud, expliqua Sonya. A-t-il laissé cette plante quelque part ?

- Non, je ne pense pas, s’attrista Emeraude. On ne peut pas remplacer cette plante par autre chose ?

- Malheureusement non, ma chère sœur. Je crains le pire si on ne trouve pas très vite cette plante pour tes enfants.

Affolée, Emeraude appela un domestique et lui demanda de chercher de la rosée-de-neptune dans toute la ville. Ensuite, elle appela un coursier et lui demanda de prendre le prochain bateau pour les îles du sud, afin d’y trouver la fameuse plante. Malheureusement, les bateaux étaient lents et le messager ne reviendrait pas avant des semaines. Toujours inquiète, Emeraude alla cependant s’occuper des affaires courantes tandis que Sonya veillait sur les jumeaux.

Le soir, Emeraude alla rejoindre sa sœur dans la chambre des enfants. La sœur aînée s’endormit dans un fauteuil tandis que la deuxième veillait encore. C’est alors qu’une étrange lumière rose apparut à la fenêtre. Une forme lumineuse se déposa sur le sol et Sonya vit une femme magnifiquement vêtue qui la regardait avec intérêt.

A suivre...

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