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Mes contes de fées

La belle-soeur de Riquet à la Houppe, cinquième et dernière partie.

Publié le 29 Avril 2014 par BengiBerte in féminisme, ambition, frères et soeurs, un de mes contes

- Chut ! dit Sonya. Je ne sais pas qui vous êtes mais vous devez sortir d’ici. Ma nièce et mon neveu sont malades et ma sœur dort.

- Tu es bien la princesse Sonya, n’est-ce pas ? s’enquit la dame.

- Oui, je suis la princesse Sonya et ma famille a besoin de repos. Sortez, je vous en prie.

- Sonya, comme tu as grandi ! s’écria la dame. Je devais m’occuper de toi à ta naissance mais je l’ai bêtement oublié. Je suis la marraine, ta fée !

- Ce ne serait pas plutôt la fée, ma marraine ? demanda Sonya, perplexe.

- C’est cela aussi ! Sonya, ma chérie, pardonne-moi d’être en retard. J’étais présente à la naissance de ta grande sœur et je lui ai fait un cadeau mais pour toi, j’ai tout oublié. J’aimerais te donner le pouvoir de donner de l’esprit à l’homme que tu aimeras.

- Vous voulez me donner cela ! s’étonna Sonya. Ecoutez, Madame, je suis désolée mais vous ne pouvez pas rester ici. Mon neveu et ma nièce ont besoin de repos, sortez.

- Tu n’aimes pas ce cadeau ?

Sonya rougit jusqu’aux oreilles. Elle n’aimait pas ce cadeau, en effet. Il lui semblait méchant de faire comprendre à une personne qu’elle la trouvait trop stupide pour l’intéresser.

- Vous êtes gentille, Madame la Fée, mais j’ai plus de dix-huit ans, expliqua-t-elle. Je suis beaucoup trop vieille pour recevoir un cadeau de naissance.

- On ne refuse pas un cadeau, voyons ! Je peux exaucer n’importe lequel de tes vœux ! Je peux te rendre belle !

- Vous pouvez vraiment exaucer n’importe lequel de mes vœux ? demanda Sonya.

Un miroir placé dans l’angle de sa chambre lui renvoyait son reflet. Sonya était maintenant habituée à ce reflet dans le miroir. Elle savait que son nez était crochu, son menton en galoche, ses dents bien vilaines et un de ses yeux nettement plus grand que l’autre. Elle le savait et cela lui était maintenant parfaitement égal. Ce n’était pas en ayant un joli visage qu’elle avait traversé le désert et étudié la médecine. Elle avait fait tout cela parce qu’elle l’avait décidé et qu’elle avait cru en elle. Elle n’avait pas besoin d’être belle.

- J’ai trouvé mon vœu, répondit-elle, et ce n’est pas de devenir belle.

- En es-tu sûre ? insista la fée. Les gens t’aimeraient beaucoup plus si tu étais belle.

- Permettez-moi de vous contredire ! s’écria Emeraude, qui venait de se réveiller. J’aime ma sœur de tout mon cœur et je suis certaine que tous ceux et toutes celles qui la connaissent l’aiment aussi de tout leur cœur ! On ne peut pas imaginer de sœur plus vaillante, plus débrouillarde, et plus extraordinaire ! Du reste, il vaut mieux avoir un seul ami qui vous aime pour ce que vous avez dans le cœur que dix personnes qui vous regardent parce que vous avez un joli visage.

Sonya ne savait pas quoi répondre à cela, alors elle alla serrer sa sœur dans ses bras, toute émue. La fée les regarda en soupirant, à la fois agacée et amusée.

- Plutôt que de faire des cadeaux aux enfants qui viennent de naître, je devrais peut-être leur donner des sœurs ou des frères qui les aiment, murmura-t-elle. Très bien, Sonya ! Quel est ton vœu ?

- Je veux que les jumeaux Léo et Léa soient guéris sur-le-champ !

- Qu’il en soit ainsi ! s’écria la fée en agitant sa baguette magique.

Aussitôt, les jumeaux ouvrirent les yeux et sortirent de leur lit, leurs joues à nouveau roses et leurs visages souriants. Emeraude alla tout de suite les serrer dans ses bras et Sonya raccompagna la fée à la porte. Rameuté par le bruit, le roi Riquet à la Houppe entra pour voir ce qui se passait et tomba presque à la renverse quand les enfants lui sautèrent au cou.

ooo

Le soir même, on organisa une grande fête pour célébrer à la fois le retour de la princesse Sonya et la guérison des jumeaux. On chanta, on dansa et on s’amusa jusque tard dans la nuit. Les jumeaux firent chacun un petit discours charmant que tout le monde applaudit, puis s’endormirent sur un coin de table tandis que la fête continuait.

A un moment, Sonya remarqua que sa sœur avait l’air légèrement soucieux. Elle alla lui demander si quelque chose n’allait pas, à quoi Emeraude répondit :

- Ah, ma Sonya, la réunion des ministres aura lieu demain, comme toutes les semaines. Comme je vais m’ennuyer !

- Pourquoi n’assistes-tu pas à cette réunion ? s’enquit Sonya surprise. Ce pourrait être très intéressant !

- Ça l’est. Seulement, ces messieurs font toujours la grimace quand j’y assiste. Quand je veux donner mon avis, ils m’écoutent à peine. La semaine dernière, j’ai proposé de construire un nouvel hôpital pour remplacer l’ancien qui tombe en ruines. On m’a à peine écoutée.

- As-tu d’autres idées ? demanda Sonya, intéressée.

- Oui. Les gens du peuple, ceux qui sont vraiment concernés par les lois, n’ont pas le droit de donner leur avis lors de la préparation des lois. J’aimerais qu’ils puissent le faire.

- Ce sont d’excellentes idées ! s’écria Sonya. Il faut absolument que tu leur en parle.

- Je n’oserai jamais ! protesta Emeraude. Tu sais, un jour l’un d’eux m’a dit : « les jolies femmes n’ont rien d’autre à faire qu’être jolies et se taire. » Ils ne m’écouteront pas !

- Nous allons les obliger à t’écouter, alors ! décida Sonya. Prépare ton discours, tu vas leur en mettre plein la vue !

Le lendemain, Sonya traîna sa sœur jusque dans la réunion des ministres. Emeraude avait peur mais elle réussit à prendre la parole et à dire ce qu’elle pensait. Après la réunion, Sonya l’entraîna dans un coin et lui sourit.

- Tu vois ! Ce n’est pas si difficile que ça !

- Je n’aurais jamais osé faire ça sans toi ! s’écria Emeraude. J’aimerais vraiment avoir ne serait-ce que la moitié de ton courage !

- Tout le monde en a, du courage, fit remarquer Sonya. Plus on s’en sert et plus ça devient facile.

- C’est vrai ? demanda Emeraude. J’aimerais participer aussi au conseil de la semaine prochaine. Tu crois qu’ils voudront bien ?

- Ne leur demande pas la permission. Fais-le.

Emeraude prit son courage à deux mains et participa au conseil suivant, ainsi qu’à tous les autres. Dans les années qui suivirent, la reine Emeraude fit passer des lois pour aider les plus démunis. Elle fit construire des hôpitaux, des écoles, des routes et le pays devint plus prospère qu’il ne l’avait jamais été. De son côté, la princesse Sonya étudia encore et créa une université où toutes les matières étaient enseignées. Chaque fille et chaque garçon put y entrer et obtenir l’éducation qu’il ou elle désirait. Ainsi, les deux sœurs réalisèrent tous leurs rêves et rendirent leur pays meilleur pour tous. Elles furent heureuses et s’aimèrent tendrement jusqu’à la fin de leur vie.

La fin!

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