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Mes contes de fées

Le soir d'Halloween...

Publié le 30 Octobre 2013 par BengiBerte in fantastique, fantômes, un de mes contes

Le soir d'Halloween...

Il y a des gens qui sortent de chez eux et se promènent dans la rue le soir d’Halloween. A moi, cela ne m’arrive jamais. Tous les ans, je reste chez moi et je prépare bien ma maison pour que mes visiteurs s’y sentent chez eux. Je commence par balayer le sol, je range les objets qui trainent dans mon salon et j’installe une jolie nappe bien blanche sur la table. Ensuite, j’apporte à manger pour tout le monde : tartines, potirons, pommes rouges, biscuits aux épices, jus de pomme et cidre chaud à la cannelle. J’allume des bougies, je mets ma plus jolie robe et je ferme bien la porte à double tour. C’est par la fenêtre que mes visiteurs vont entrer.

Le premier à se présenter est un capitaine au long cours. Il parle fort, fait de grands gestes et m’appelle « ma petite dame » mais me baise toujours la main dès qu’il a franchi la fenêtre. Ses mains à lui sont rêches comme de la corde. Je le vois chaque année, c’est un habitué. A chaque fois, il faut lui dire de se tenir près de la fenêtre pour fumer et mettre les cendres dans un cendrier.

Dès qu’il y a un peu de monde, il se met à raconter ses voyages sur les mers du globe. Il raconte qu’il a combattu des pirates et participé à la révolte des esclaves dans une île perdue du sud du Pacifique. Parfois même, il parle de sirènes et de krakens. On ne sait jamais s’il se souvient vraiment de ce qu’il raconte ou s’il essaie de nous mener en bateau. Qu’importe ! A chaque visite, on l’écoute nous parler de ses voyages car il n’a pas son pareil pour raconter des histoires.

Une cantatrice aussi nous rend visite chaque année. Elle fait toujours des manières pour franchir la fenêtre car elle dit qu’elle ne veut pas faire d’accrocs à sa jolie robe. Ensuite, elle exige beaucoup de miel dans ses boissons pour ne pas gâter sa voix, mange à peine et pouffe de rire quand le capitaine l’appelle « ma belle dame ». Elle raconte qu’elle a chanté devant le tzar de Russie et que les plus grands compositeurs lui ont dédié leurs plus belles pièces. Parfois, je me demande pourquoi une artiste connue dans le monde entier se contenterait de boire du thé bon marché dans une de mes tasses dépareillées.

Elle est vaniteuse mais si gentille ! Quand un nouveau arrive, elle lui propose un siège d’elle-même, un coussin quand il n’y a plus de place nulle part. Quand elle rit, ce sont tous les visages qui s’illuminent. Vers onze heures du soir, quand les musiciens sont là, elle se met toujours à chanter. Le quartier en profite alors, même si les voisins me demanderont le lendemain pourquoi j’ai mis ma radio aussi fort.

Il y a des musiciens qui viennent aussi, souvent. Un violoniste, un pianiste qui vient avec son propre piano, une hautboïste. Je ne sais pas comment, ils arrivent à créer une jolie ambiance sans partitions et sans s’être concertés avant. D’autres musiciens se joignent parfois à eux avec des instruments plus ou moins modernes ou atypiques. On danse un peu malgré le manque de place et par moments, on se croirait dans un magasin de musique.

Il y a aussi un très jeune enfant qui nous rejoint chaque année. Lui se tient dans un coin sans dire un mot et regarde la table chargée de victuailles avec des yeux brillants. Quand on lui a bien fait signe de se joindre à nous, il marche lentement vers la table, attrape une part de gâteau et retourne la manger dans son coin en se faisant tout petit. Il a un petit peu peur de nous alors que tout le monde est très gentil avec lui. Souvent, je me demande comment un enfant a pu mourir si jeune et devenir un fantôme, j’aimerais savoir ce qui se cache derrière ses grands yeux apeurés.

On reçoit aussi des gens de passage, ceux qui sont partis dans l’année, ceux qui ont d’autres points de chute. Ils se parlent et se racontent ce qui leur est arrivé au cours de leurs vies, quelles choses merveilleuses ils ont vues, quelles personnes extraordinaires ils ont rencontrées. Je ne parle presque pas, j’écoute et je fais mine de faire circuler les boissons pour mieux m’approcher de tous ces fantômes merveilleux et pour mieux les admirer. Parfois, quelqu’un frappe à la porte et tout le monde se tient coi. Je sais que si j’ouvre, des gosses du quartier vont vouloir entrer et me menacer pour que je leur donne des bonbons. Je ne donnerai pas de bonbons aux enfants du quartier. Ils ne disent jamais merci, ni s’il vous plait, ils me menacent et sont méchants alors que mes amis les fantômes sont gentils et me racontent des histoires merveilleuses.

Mais minuit finit enfin par sonner. Le petit garçon apeuré s’est finalement endormi sur les genoux de la cantatrice, son pouce dans sa bouche. Un à un, les visiteurs se saluent et s’en vont, les uns prêts à partir dans l’au-delà, les autres promettant de revenir faire la fête l’an prochain. On me serre la main en me disant que c’était une sacrée fête, une réception fort plaisante ou une méga-teuf qui déchirait, selon l’âge et le niveau d’éducation du visiteur. Même le petit garçon ose me tendre la main en me regardant gravement, quant au capitaine, il me promet une belle surprise pour l’an prochain, ce qu’il oublie toujours.

Le soleil va bientôt se lever. Mon logement est vide, de la vaisselle sale traine partout. Il flotte une odeur de bougies, de citrouille et de cigarettes, et j’ai envie de traîner au lit toute la journée.

Allons. Il faut bien se lever…

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